CR du premier trail des pyramides noires

Trail des Pyramides noires
Trail des Pyramides noires

Ce premier trail des pyramides noires est un trail de 104 kilomètres organisé par la Mission Bassin Minier pour promouvoir la mémoire des mineurs et de la mine. Ce bassin minier vient justement d’entrer au patrimoine mondial de l’Unesco. L’idée est très bonne, le trail est ici « utilisé » comme moyen de promouvoir ce patrimoine et si l’idée vous en dit, les familles sont les bienvenues avec une organisation de visites (musée du Louvre-Lens…) durant la journée de course.En ce qui me concerne, point de famille (sauf peut-être Olivier, de la confrérie des horizons) au bord du chemin mais juste un gars super rencontré dans le peloton en attente du départ. Il s’agit de Jonathan, un parachutiste qui est déjà parti 4 ou 5 fois en Afghanistan (lui il parle de l’afga) et qui m’a accompagné jusqu’à la ligne d’arrivée, 14h17 plus tard. Le genre de rencontre incroyable, correspondant parfaitement à ce que je cherche quand j’enfile un dossard, car pourquoi se taper plus de 100 bornes que j’aurais pu faire tout seul tranquillement un autre jour, si ce n’est pour rencontrer des gars complètement en dehors de mon univers social habituel.

Il se trouve qu’en dehors du fait que nous partagions le même objectif (moins de 15 heures) nous avons trouvé un sujet de conversation marrant, celui du matériel des commandos parachutistes, lui en tant qu’utilisateur, moi en tant que fabricant. Peut-être que cette rencontre donnera lieu à l’invention de nouveaux produits améliorant l’efficacité de nos troupes aéroportées…

Bon voilà, après avoir démarré en toute fin du peloton en discutant tranquillement, nous nous sommes mis vraiment en route après 10 kilomètres et nous nous sommes alors mis à doubler tout le monde jusqu’à ce que nous retrouvions « à notre niveau » aux environs de 50° kilomètre. Le niveau de notre symbiose était alors tel que nous avions tout les deux très envie de pisser mais que nous ne voulions pas stopper l’autre dans on élan. Très marrant de pisser cote à cote en s’étant retenu chacun pendant une heure en pensant que ce serait dommage de freiner son camarade avec les besoins de la nature.

Après le 42° kilomètre (le marathon pour les profanes, l’entrée dans l’ultra pour les confères…), je crois que les choses sont devenues plus difficiles. Nous ne doublions plus, je me disait que je courrais avec un para de l’active de 15 ans mon cadet et que ça allait être dur de tenir jusqu’à la fin vu sa condition.

Après les terrils de Noeux-les-Mines et leur piste de ski, gravis sous un soleil de plomb, nous avons été doublé par un gars qui nous a annoncé que la suite allait être épouvantable avec beaucoup de bitume jusqu’à l’arrivée. Sympa le gars, bonne remarque très bonne pour le moral, déjà un peut défaillant à ce moment.

A partir de ce moment là on était déjà « dans le dur » comme on dit chez les traileurs. Le problème était le même pour tous les 2. Nous alternions des petits moment de marche avec d’autres de petit trop. On a fait 2 / 3 poses qui m’ont permit d’en griller deux, car je tien encore beaucoup à mon nom de baptême dans la confrérie : ‘le chevalier finkeur ». Fumer sur un ultra ce n’est pas raisonnable, les poumons brulent ensuite pendant au moins 5 minutes. C’est assez désagréable et je ne vous dit pas aussi tout le phénomène de culpabilité qu’entraine cette addiction néfaste. Cela dit on a prévu des pauses « bière et clop » avec Manu lors du futur trail de 100 kilomètres des Templiers en Octobre et le Trail des Pyramides noires m’a permit de tester dans les condition réelles. Intéressant mais pas vraiment concluant.

Sur les 10/20 derniers kilomètres on a adopté une technique bizarre. Comme Jonathan courait un petit peu plus vite que moi, il alternait course / marche pour m’attendre tandis que j’essayais de ne pas m’arrêter de courir. Il a été vraiment sympa à ce moment là. Je suis sur qu’il aurait facilement pu mettre au moins une heure de moins sur la distance. Nous ne parlions pas beaucoup, avions l’impression de ne pas avancer et je crois qu’avec un peu plus de ‘mental », j’aurais pu aller plus vite d’autant que je n’ai pas fini vraiment complètement rincé. Bon entrainement pour le « mental » que ce Trail des Pyramides noires.

Pendant cette phase « au mental », j’ai mis au point plusieurs techniques qui sont encore à affiner. Voici une petite collection de mentras utilisés :

  • Préférer courir à 8km/h plutôt que de marcher.
  • Essayer de maintenir 6km/h pendant la marche.
  • Ne pas trop penser aux gars qui proposent des trucs du genre marcher 2 minutes, courir 5 minutes. Courir le plus possible.
  • Pourquoi pas faire des trucs ridicules comme courir dans les légères cotes.
  • Découper la distance en micro objectifs (le prochain ravito, voir le 10° de la distance jusqu’au prochain ravito).
  • Eviter de regarder sa montre si elle indique les kilomètres parcourus. C’est vraiment démoralisant d’avoir l’impression de courir très longtemps pour constater que le GPS nous indique une progression de 300m.
  • A faire la prochaine fois : basculer vers un affichage de la vitesse moyenne du kilomètre en cours et toujours essayer de maintenir / améliorer cette vitesse moyenne. Proscrire l’affichage de la distance parcourue.

Cet ultra est particulièrement difficile mentalement (et c’était partagé par beaucoup de gars sur la ligne d’arrivée) car entre les paysages sublimes des terrils on rencontre beaucoup de bitume et de très très longues lignes droites sur des voies de chemin de fer désaffectées.

Le coté « découverte du bassin minier » au programme de ce trail peut même en devenir pénible. Le beau musée du Louvre-Lens, on s’en fou pas mal, les 2 ou 3 kilomètres dans le parc des iles sont épouvantables, même si ce parc vaut finalement le détour et qu’il y avait plein de têtards dans les bassins du parc, on n’a pas envie de « ça » quand on est traileur. On est avide de gravir le sublime terril qui jouxte le parc. D’ailleurs ce terril était magique, recouvert qu’il était de petites fleurs jaunes (des onagres ais-je appris par la suite après enquête approfondie). Dans le catalogue des passages qui fleurent bon le passage obligé, il y avait une médiathèque immense et  toute neuve. Malheureusement quasiment déserte et me voilà plongé dans de grandes réflexions sur la manière dont les communautés de communes flambent un pognon qu’elles n’ont pas avec des PPP (Partenariat Public Privé) qui leur permettent de respecter leurs ratios d’endettement. Bon dans le registre il y a avait aussi le passage dans le parc qui commémore la catastrophe de Courrière en 1905, 1099 morts. Là, même si on est passé assez vite, l’atmosphère du lieu nous a envahi et ce passage sauve à lui tout seul tous les autres.

Comme convenu, nous avons terminé ensemble cette expédition. L’aubade au sommet du dernier terril à Oignies m’a fait très plaisir. Jonathan a failli rater la fin, pressé qu’il était d’en finir. Je pensais que la musique était plus importante que ça pour les militaires mais je le comprend aussi très bien.

A l’arrivée, après les adieux à Jonathan, une bonne bière à la main, j’ai eu le plaisir d’en boire encore une autre avec quelques confrères et particulièrement Olivier, un traileur aguerri qui n’a pas pu participer à la fête mais qui était là pour nous encourager tout au long du parcours et faire de belles photos.

Alimentation.

Ça c’est vraiment le truc qui m’a tué.

Depuis presque un an, je suis plus ou moins sérieusement un régime paléo, l’idée est de se nourrir comme les hommes préhistoriques, donc avec un régime à base de légumes, de viande et de fruits en évitant si possible les céréales (plus de pain ni de pâtes), les légumineuses (pas de lentilles, petit pois ni haricots), les produits laitiers (adieu fromage et yaourts) et ça se passe plutôt bien. La veille de la course j’ai mis à mon menu betterave crue et blanc de poulet, loin de la pasta partie et tout ses glucides.

Mon problème vient du fait que dans le bouquin « The Paleo Diet for Athlète » de Loren Cordain et Joe Friel propose de se bourrer de glucose avent et pendant l’effort. J’ai du mal à imaginer que les hommes préhistoriques se prenaient des gels et des pâtes de fruit pendant l’effort. J’essaie de m’entrainer à activer le plus possible la consommation de mes graisses pour soutenir mes efforts. Par exemple je fais toujours mes sorties longues à jeun et sans rien manger pendant. J’arrive ainsi assez facilement à tenir un marathon complet à jeun, à une vitesse assez lente, correspondant à celle de l’ultra. Donc pour les Pyramides Noires, je suis parti sans pasta partie la veille, sans petit déjeuner et avec l’idée de manger le moins possible pendant la course. Je n’ai pas réussi à tenir, j’ai du manger quand même 3 ou 4 pâtes de fruits aux ravitos et je me suis aussi envoyé un bidon de Peronin, une boisson très riche en énergie (maltodextrine en particulier). Je me demande encore si cette consommation presque effrénée de glucides n’a pas été plus causée par notre embrigadement psychologique dans un besoin de glucides que par les réels besoins du corps humain.

Juste en retournant à la maison, j’ai découvert, grâce à Paleo Phil les expériences menées par le médiatique Ben Greenfield. L’idée est d’avoir toute l’année un régime très « low carb », c’est à dire avec moins de 20% de glucides et de soutenir l’effort sans plus de glucides. Pour mon prochain objectif important, je vais me renseigner sur les trucs qu’on peut prendre en course dans cette philosophie. Pourquoi pas une petite gourde d’huile d’olive dans le paquetage ?

Sinon, avec mes 3 pâtes de fruit et ma gourde de Peronin j’ai fini sans ressentir des trucs du genre hypoglycémie mais par contre j’avais un peu la nausée sur la fin, je crois que je ne supporte plus les trucs sucré (même à petite dose) sur les ultras.

Forme

Aucun problème sur cet ultra. Je suis parti avec un début de tendinite à chaque tendon d’achille et je suis arrivé sans plus rien ressentir. C’est magique. La seule douleur qui m’ait un peu embêté en chemin est un échauffement au niveau des métatarses. J’étais sûr de finir avec énormément d’ampoules mais finalement rien, même pas une petite ampoule sur un des orteils.

Pas trop de piquant dans les quadri lors des montées. Cela me surprend moi même.

J’ai ai quand même bavé, un peu avant le 100° kilomètre. Ce qui ressemble bien à une déchirure dans un muscle du coté des adducteur m’a stoppé net. J’ai quand même pu reprendre en serrant les dents vu qu’il ne restait presque plus de kilomètres. Cette douleur persiste doucement une semaine après l’arrivée.

J’ai profité d’un petit massage à l’arrivée, juste avant que les kiné(e)s ne démontent leur matos. C’est très agréable. Mes 2 masseurs étaient étonnés par la relative souplesse des muscles de mes jambes. Rien de tétanisé en tout cas, on aurait peut-être pu mettre un peu plus la gomme pendant ce calvaire.

Pas de problème pour dormi le soir contrairement à mon précédent 100km (Race to The Stones en juillet en Angleterre).

J’ai réussi à recommencer à courir tranquillement 3 jours plus tard (obsédé que je suis maintenant par mes mitochondries…) et cela me sidère aussi. Vivement le prochain ultra.

Matos

  • Ma frontale Petzl Tikka R+, a éclairé merveilleusement bien pendant les quelques heures où j’en ai eu besoin. Au point même que mon collègue a pu éteindre la sienne en disant que ma frontale éclairait suffisamment pour deux. Les petits chemins et les montées et descentes de terrils se parcouraient comme en plein jour. Comme la R+ a plus d’autonomie que la RXP, je crois que c’est un bon choix même si elle est moins courante.
  • Mon bidon Raidlight se marie vraiment bien avec mon sac d’hydratation Salomon. Il tient bien dans une des 2 poches de bretelle et est à portée de bouche sans contorsions particulières. Seul bémol j’ai arraché le système de valve en voulant l’ouvrir à la première utilisation. Une fois qu’on a compris qu’il ne fallait pas tirer comme un bourrin, l’ouverture du bidon se fait bien d’une simple traction avec les dents. Par contre je n’ai pas encore compris pourquoi on dirait qu’il y a 2 positions différentes d’ouverture.
  • Pour les pompes, les Brooks Cascadia 8 n’étaient sans doute pas les pompes les plus adaptées pour le bitume mais sinon super. Pas d’ampoules, de l’amorti pour la fin de l’ultra, des échauffements mais plus de peur que de mal. Autant je me sens prêt à des expériences radicales au niveau alimentation, autant ces Cascadia me rassurent pour le moment. Les huaraches ne sont pas encore à mon programme pour demain.

Conclusion sur l’organisation.

Une vraie réussite que ce premier trail des pyramides noires.

Ce qu’il ne faut pas changer.

  • Un super balisage qui évite de se poser trop de question du premier au dernier des 104 kilomètres. Cela dit en ce qui me concerne un truc un peu plus à l’arrache m’aurait bien convenu aussi.
  • Un départ nocturne qui permet de profiter du lever du soleil sur les terrils. Sublime et inoubliable.
  • Des ravitos pas trop rapprochés qui obligent un peu à gérer l’approvisionnement en eau. Ravitos bien approvisionnés.
  • Un super site d’arrivée avec des fauteuils confortables, une équipe de masseur, de la bonne bière et un food truck sympa.

Ce qui pourrait être revu.

  • Une présence de signaleurs presque égale à ce à quoi on pourrait s’attendre sur un 10 kilomètres. Globalement c’est confortable mais les coureurs d’ultra se foutent du confort non ?
  • Proposer aux signaleurs de dire des trucs du genre « bienvenue à Noeux-les-Mines » plutôt que « bravo les gars » car j’ai eu beaucoup de mal à savoir où j’étais et c’est un peu dommage pour un trail « touristique ».
  • 2 ou 3 classements intermédiaires pour essayer de mesurer notre forme relative.
  • Moins de bitume mais c’est difficile dans la région.
  • Éventuellement encore moins de ravitos. J’aime bien avoir peur de manquer de flotte entre 2 ravitos…

En tout cas je vais suis prêt à revenir l’année prochaine…

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