[CR] Endurance trail des templiers 2014 – 102km / 4600m D+

Endurance trail templiers 2014

Quelle misère, tout le monde me double, je passe plus de temps à laisser passer les autres qu’à descendre moi même. C’est facile de dire que les trail se gagnent dans les descentes mais quand on a peur de se casser la gueule dans les descentes justement, est-ce qu’on a encore le droit de se considérer comme traileur ? Est-ce qu’on est à la hauteur de la difficultés ? Est-ce que ce truc est fait pour moi ? Bon, comme je suis aussi là pour en chier, ce type de question est assez normal et il y a quand même du bon à laisser les autres foncer dans leurs descentes, comme des bouquetins ou des chamois, des Kilian Jornet qui s’ignorent. D’abord cela me donne l’occasion d’être courtois, d’exprimer mon amour de mon prochain, un peu de temps pour quitter le sentier des yeux et lever le nez sur un paysage sublime. Il y a aussi là un embryon de sacrifice, une micro perte de temps pour moi pour que les autres puissent en gagner. Certains pourraient appeler çà l’esprit trail mais malheureusement, comme il suffit de quelques grains de sable pour ruiner les plus belles mécaniques, un ou deux acharnés peuvent ruiner le progression de plusieurs autres quand le chemins n’est pas propice au dépassement. On appelle cela des monotraces et c’est de quoi est fait la majorité des plus de 100 kilomètres de cette sacré course, tout ça pour conclure que l’esprit trail, certains lui mènent la vie dure et que c’est bien dommage.

Bon cela dit, en ultra il faut positiver et tandis que je me fais doubler par des dizaines de collègues il m’est venu l’idée que si c’est en forgeant qu’on devient forgerons, c’est donc que c’est en descendant que l’on devient descendeur. Donc, à tout prendre, ces 50 kilomètres de descente sont un excellent entrainement pour améliorer ma technique et vu comme ça les choses sont moins pénibles au moins. Un autre truc bien c’est que même si je n’allais pas vite j’ai eu l’impression de solliciter énormément mes chevilles et avoir l’impression d’avoir des chevilles en acier qui résistent à tout est assez agréable.

A la fin de la course, alors que j’étais assez frais, je n’avais pas fait tant de progrès que ça si on en juge par les statistiques : au bas de la dernière montée, à Massebiau j’étais 479ème et en haut de la montagne à Le Cade, j’avais doublé 14 concurrents et je me suis fait doubler par 7 coureurs dans la descente. Vu l’étalement du peloton sur la fin d’un ultra c’est vraiment pas terrible comme progrès technique.

Une chose est sure, je connais mon programme d’entrainement pour les mois qui arrivent : utiliser au mieux les 20m de D- de la montagne de Wervicq pour vaincre ma phobie.

Avant d’en arriver là, je m’étais beaucoup entrainé pour cette course qui était, avec les 12 labours of Hercule, mon objectif principal pour 2014. Plus de 200 kilomètres en Aout après ma crise cardiaque de Juillet et plus de 300 bornes en Septembre. Un nombre incalculable de montées et de descente de la montagne de Wervicq le midi et des belles sorties dans les monts des Flandres et sur les terrils de Loos avec mon pote Manu. Je me considère comme bien préparé et heureusement, il n’était à priori pas question de ne pas réussir cette balade de 102 kilomètres dans les causses. Le fait d’avoir arrêté de fumer fin Juillet n’est pas non plus pour rien dans la confiance qui ne m’aura finalement pas trop manqué. En tout cas pas de problème de souffle dans toutes les dures montées de l’endurance trail.

La logistique avait été parfaitement organisée par Manu, avion jusque Montpellier, voiture de location jusque Millau, récupération des dossards en fin d’après midi, petit tour au salon du trail, très bon hôtel avec repas copieux à une demi heure de Millau (Hôtel Les Raspes à Saint Rome de Tarn, dommage qu’on n’ait pas eu le temps de profiter de la piscine), 3 verres de vin pour moi (mauvais pour les crampes d’après Manu mais en fait non) et courte nuit avant le départ à 4h du matin.

Nous étions super content d’être là dans le troupeau des concurrents. Un peu de musique grandiloquente marrante, feu de Bengale pour le folklore et aussi pour Youtube. et nous voilà parti. Le rythme est très soutenu, Manu me largue dans la première descente car je suis vraiment un boulet et m’attends au ravito suivant. Je le prie de faire sa course mais il persiste à m’attendre jusqu’au 3° ravitaillement ou après 25 minutes d’attente, voyant arriver plein de nouvelles têtes, il décide de repartir seul. Il finira 284° en 18h06, 2 heures avant moi, il aurait pu faire  beaucoup mieux s’il ne m’avait pas attendu au début.

Le fait qu’il ne m’ait pas attendu au troisième ravitaillement m’a plutôt fait du bien car cela me pesait sur la conscience de devoir me dépêcher dans les descentes pour lui épargner une trop longue attente. Au deuxième ravitaillement à Mostuéjouls, nous avions environ 1heure 30 heures d’avance sur la barrière horaire, 2 heures environ à Le Rozier au 46°. Comme j’avais lu que les barrières horaires étaient très peu contraignantes sur le site de l’organisation, je ne me faisais pas de bile mais j’ai pris conscience que ça pouvait quand même poser un problème à partir du 4° ravito de Saint André de Vézine au 65° kilomètre. J’avais perdu beaucoup de temps sur les 20 derniers kilomètres et la lutte contre la montre a commencé là pour moi. A La Roque Sainte Marguerite, il me restait 4 heures pour franchir 16 kilomètres avec 717m de D+, ça a l’air de rien comme ça mois je n’étais pas sur du tout d’y arriver, ni d’ailleurs aucun de mes compagnons d’infortune. Finalement, nous avons formé une petite colonne mené par Gilbert et suivi d’Alexandre que je n’avais pas cessé de recroiser depuis pas mal de temps et nous avons avancé à marche forcée pour ne pas nous faire rattraper et être obligé de faire le « petit » parcours car ceux qui arriveraient après 20h05 à Massebiau ne feront pas la montée de La Cade et  seront envoyé à l’arrivée par la route. Une des motivation assez partagée par mes collègues est que si nous rations cette barrière, nous n’aurions peut-être pas nos putains de 3 points pour l’UTMB. Certains prétendaient que nous les aurions quand même mais dans le doute personne n’avait envie de faire le petit parcours. Cela dit sur la fin, personne ne pensait plus aux 3 points mais personne non plus ne pensait à lâcher devant la difficulté. C’est très paradoxal d’être déjà bien entamé et de puiser dans sa dernière énergie non pas pour finir mais pour avoir la possibilité de s’ajouter une difficulté supplémentaire avant de finir.

On arrive finalement à Massebiau un peu avant 9 heures et demi donc avec 40 minutes d’avance sur la barrière horaire. Plus de peur que de mal mais 40 minutes c’est quand même pas grand chose. Comme mes compagnons trainassent à une fontaine je repars tout seul dans la montée en me disant qu’ils me rattraperont facilement dans la descente. Je ne sais pas ce qui leur est arrivé mais je ne les ai plus revu.

En tout cas la dernière montée est très rude, le genre que j’aime bien et la ravito à La Cade est le plus sympa de toute la journée. J’y arrive en compagnie d’Anne, une toubib triathlète des Vosges qui s’est demandée comment c’était possible que les urgences de Roubaix m’aient laissé sortir sans examens complémentaires après un diagnostique d’angor d’effort. Ambiance accordéon et feu de bois dans une bergerie très chaleureuse. Très agréable et on y resterait bien s’il ne restait pas 6 kilomètres de descente avant la fin. On repart tranquillement avec Anne et on se remet assez vite à courir dès que le terrain le permet avant la descente finale. Passage par la grotte du Hibou, j’apprécie malgré l’heure tardive. Anne n’en peut plus de m’attendre dans la descente et finie seule. Je suis bien content de finir après 20h06 dans un paysage sublime et sous un soleil éclatant mais pas trop chaud.

A l’arrivée, Manu était emballé dans sa couverture de survie en situation d’hypothermie. Il avait hâte de retrouver son lit et je n’ai pas trop trainé devant le plat de lentilles jambon servi aux arrivants. On a tracé jusqu’à l’hôtel le plus vite possible pour une courte nuit de sommeil avant le retour sur Montpellier le lendemain matin.

Ce retour aura été terrible pour moi. J’étais cassé comme après mon premier Marathon. J’étais bien nulle part. Envie de s’asseoir quand on est debout, envie de changer de place quand on est assis, impossibilité de se relever, peur de se choper une rupture de fatigue dans les métatarses, craintes de ne plus pouvoir jamais courir, ongles des 2 gros orteils brulants, chaussures de villes oppressantes, mal aux épaules (d’après Manu c’est à cause du sac d’hydratation, je pense plutôt que c’est à cause des mouvements des bras qui accompagnent la course) et même mal à la tête (d’après Manu, qui a vraiment réponse à tout, c’est un signe de déshydratation).

Bon voilà, c’est un peu la fin de ce compte rendu. On est dimanche midi, Manu vient de me téléphoner, il en avait ras le bol du trail hier mais aujourd’hui il va repartir courir et sera à la Sparnatrail dans 2 semaines. J’y suis inscrit aussi mais pour moi ce sera promenade en famille dans les bois cet après midi.

 

Addendum

Le compte rendu de l’endurance trail des templiers 2014 est fini et il y a plein de trucs que j’ai oublié de dire. Comme ce sont des truc un peu « technique », je les met de coté dans ce qui suit.

Alimentation.

Le régime Paléo c’est très bien. Je le suis depuis plus d’un an assez strictement le midi (œufs durs, avocats et noix comme aliments de base) mais sans conviction le soir et j’ai même pris un peu de poids ces dernières semaines (trop de pizza et de friandises). Cela dit, encouragé par Manu, il n’est plus question de régime Paléo le jour d’une grande épreuve. Je fais finalement presque comme le suggère le bouquin « The Paleo Diet For Athletes » et je me bourre de sucreries pendant la course.

Voici donc ce que je me suis ingurgité pendant mes 20 heures :

  • Une bouteille de Peronin.
  • 5 barres Amande de Gayelord Hauser
  • 5 pattes de fruit + plein de pâtes de fruit prises au ravito.
  • 2 ou 3 abricots secs.
  • 1 poignée de raisin secs.
  • 1 gourde de préparation au glucose du ravito (beaucoup trop diluée les boissons énergétiques d’après manu).
  • 2 gourdes de Nutraperf, boisson isotonique de l’effort recommandée par Manu
  • 4 tranches de jambon de pays (délicieux et aucun problème de digestion).
  • 2 bières (dont une allongé dans l’herbe, au soleil)
  • 2 gobelets de soupe (j’ai rencontré un gars qui a été intoxiqué par la soupe du premier ravito, il était 9° et il a fini pas loin de moi).
  • 1 verre de coca (la boisson préférée des traileurs, j’ai failli oublier de le boire celui là).
  • 1 café noir au petit matin (Manu m’a dit que c’était une perte de temps).

Matos.

  • Pas de bâtons pour moi. J’ai l’impression d’être un des seul à courir sans bâtons. D’après Manu ça aide beaucoup, surtout dans les montées. Lui a pris les siens mais il ne les a pas utilisé car c’est interdit pour la Diagonale des Fous et il y pense assez sérieusement.
  • Il me faut des lunettes traitées anti buée car c’est vraiment pénible de devoir enlever ses lunettes à causes de la buée (aux ravitos mais aussi après une montée bien suante).
  • Les Brooks Cascadia sont super. L’amorti est très agréable en ultra. Peut-être un peu trop souple même dans les cailloux mais rien de grave. J’ai perdu 2 crampons dans les descentes. D’après Manu cette faiblesse des Cascadia est réglée dans la version 9.
  • Super aussi ma veste GoreTex. Je l’ai mise le matin pour lutter contre le froid. J’arrive presque à la mettre par dessus mon camelbak et c’est très pratique.
  • Au salon du trail du départ, j’ai craqué pour un cuissard Skin A400. Je suis fan du Skin A200 mais l’A400 est censé être plus compressif. Je ne suis pas convaincu par cette compression supérieure mais le A400 est bien quand même. Pour moi cela ne vaut pas la différence de prix avec le A200.
  • Petite laine mérinos manches longues pour le dessus. J’en ai trouvé une avec un col légèrement montant et un petit zip. Très pratique et très agréable. Cela n’empêche pas vraiment de puer, peut-être à cause d’une première couche en polyester ?
  • Gourde Raidlight en complément de la poche à eau du camelbak. Très pratique pour avoir 2 types de boisson sur soi. Beaucoup plus facile à remplir que la poche à eau. Plus facile à nettoyer aussi.
  • Montre Suunto Ambit3 Peak. Une catastrophe. A partir du 60° kilomètre elle s’est mise à déconner. Grosso modo elle marquait un kilomètre tous les 500 mètres. Au final 129 kilomètres au lieu des 102 officiels. 4742 m de D+, cela semble assez réaliste (4600m d’après l’organisateur). Je n’ai pas encore transféré l’épreuve sur MovesCount. OK pour l’autonomie, après 20h de course, il lui restait encore 19% de batterie.  Payer 500 euros pour avoir l’heure c’est un peu décevant.
  • Ma frontale Petzl Tikka R+ m’a causé beaucoup de soucis. D’abord elle n’éclaire pas assez dans les descentes. Surtout dans les descentes roulantes. C’est Manu qui a repéré ça, lui qui coure avec la Petzl Nao, bien plus adaptée. En fait je me suis rendu compte que mon problème en descente est plus ma technique que ma frontale et qu’en plus en allumant ma frontale, elle ne passe pas en puissance maximale, il faut recliquer 2 fois sur le bouton pour cela. Elle démarre par défaut sur « autonomie maximale ». Cela dit cela m’a permis d’en profiter jusqu’à la fin.
  • Chaussettes Salomon XT Wings 2. Très bien, pas d’ampoules mais déjà élimées après 100km. Des chaussettes jetables ?
  • Mon chapeau thaïlandais était super. Je l’ai mis à chaque approche des ravitos. Le public très nombreux et très très chaleureux appréciait beaucoup. J’adore collectionner les remarques et ce jour là j’ai noté en particulier une amusante interpellation sur le thème d’Indiana Jones.

 

Divers inclassable.

  • En général le traileur pue mais certains arrivent à sentir l’eau de toilette. Comment font-ils ?

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *