[CR – récit] GR54 – Tour des Écrins et de l’Oisans

J’ai le spleen ce matin, c’est le dernier jour de cette aventure, j’aurais voulu que ça ne s’arrête jamais. La liberté de marcher tant qu’on veux, la liberté de s’arrêter où on veut, les beaux paysages, les rencontres, les repas dans les refuges, les bivouacs à la belle étoile, les fleurs au bord des chemins, les odeurs de la nature, les sauterelles qu’on évite d’écraser en marchant, les papillons qui virevoltent de partout et que l’on prend le temps d’observer, les petits villages de montagne, les chemins aériens, les longues montées vers les cols, la question de où va donc être ce col, les objectifs atteints, les heures de méditation, vivre avec un corps en forme, le matériel qui va bien, les erreurs de navigation, se laver tout nu dans un torrent, faire sa lessive dans un lavoir de village, prendre de l’eau dans les rivières, négocier avec les patous, rencontrer des bergers, glisser dans le schiste, avoir très froid le matin, démarrer la journée avec le lever du soleil, regarder les nuages, voir des marmottes et des chamois, continuer pendant les orages, déguster des framboises le matin et des myrtilles le soir, penser à ceux qui ont créés les chemins et à ceux qui les ont empruntés pendant peut-être des millénaires, vraiment c’est triste que les meilleures choses aient une fin.

Voici un extrait de mon compte rendu de cette belle randonnée, faite en vue de ma préparation pour le Tor des Géants, début septembre. Mon programme c’était départ au lever du soleil et arrêt juste avant qu’il ne se couche et dormir à la belle étoile tous les soirs, si possible à des cols.

J0 Le Bourg d’Oisans – les Gauchoirs

Lolo et Sarah me laisse à Bourg d’Oisans en fin d’après midi. Je démarre tout de suite, sans vouloir trop en faire, je voudrais trouver un coin tranquille, si possible déjà dans la montagne pour mon premier bivouac à la belle étoile.

Le départ est sans grand intérêt, c’est une genre de piste cyclable bitumée. Je profite de ce moment pour téléphoner à ma chérie, ce coup de fil me fait du bien, elle me manque, je voudrais qu’elle soit là avec moi pour partager ce moment. La grande randonnée n’est pas son truc mais je ne désespère pas de lui faire changer d’avis.

Chemin moussu juste après les Gauchoirs
Chemin moussu juste après les Gauchoirs

Je quitte le bitume, direction le lac de Lauvitel. Le sentier est merveilleux, bordé par des murs de pierres sèches toutes moussues. On est dans le parc national des Écrins et on n’est pas censé bivouaquer à moins d’une heure du premier parking. Je ne respecte pas cette règle et trouve un petit coin de feuilles mortes, sous un noisetier, en bordure d’un champ abandonné. Je n’ai rien mangé de la journée mais je ne me fait pas de lyophilisé car j’ai décidé de faire une expérience de randonnée en jeûnant. Je voudrais tenir le plus longtemps possible. Il y a plein d’araignées qui se baladent sur la bâche de mon bivouac. Je ne suis pas arachnophobe comme certaines mais ça ne me plaît pas trop quand même. Pour dormir j’ai trouvé la solution, je m’enferme complètement dans mon drap. Je respire à travers le tissus. Ça fonctionne bien je dors très bien cette nuit là. Il fait chaud, je suis à 1000m d’altitude, je ne me sers même pas de mon sac de couchage.

10km

J1 les Gauchoirs – col de Côte Belle

Je quitte mon bivouac au petit jour. Je démarre la rando à 7h environ. Je me lave dans une fontaine et après environ 500 m de dénivelé j’atteins le lac Lauvitel. Il est dans l’ombre à cette heure, il y plein de tentes tout autour mais presque aucune sur des endroits plats. Je crois que c’est bien mieux de dormir plus bas.

La montée vers le col du Vallon, à 2531 m d’altitude est très longue, cela fait plus de 30 heures que je n’ai rien mangé, je ne suis pas aussi rapide que je le voudrais, je croise beaucoup de monde dans cette montée. Ma Suunto déconne et affiche des variations d’altitude complètement folkloriques (genre je monte 100m et je perds 200m à l’altimètre).

Après le col je descend vers le refuge de la Muzelle, près d’un lac. J’y prends un café, je discute avec des randonneurs qui sont en train de terminer le tour des Écrins. Il me disent que le sens classique n’est pas le mien, que certains cols se franchisent mieux dans le sens classique. Il me donnent l’exemple du prochain col, celui de la Muzelle, qui est un véritable mur de l’autre côté et que d’avoir à le descendre ne les aurait pas enchanté. Cela m’inquiète un petit peu, j’aurais du me renseigner plus, mon choix de sens a juste était fait pour passer du coté du Cirac dans le sens inverse du sens que j’avais fait lors de mon tour du Vieux Chaillol.

Je fais ma lessive dans un torrent, j’adore ces moments en randonnée, il fait beau et il y a beaucoup de vent, ça sèche vite et bien. Mon panneau solaire ne cesse de se replier à cause du vent, je le leste avec un caleçon mouillé et ça va mieux.

Le col de la Muzelle

Au col de la Muzelle il y a un vent terrible qui charrie de petits morceaux de schistes, c’est très impressionnant. J’ai peur pour mon seul œil, je me dis que mes lunettes me protègent un peu mais je voudrais bien avoir pris mes googles de Spine.

Je rencontre un gars qui me dit que sa copine est restée en bas, elle avait peur de s’envoler. Ce gars est un spécialiste du jeûne, il me dit qu’il ne faut pas jeûner quand on fait de gros efforts comme ce genre de randonnée. Il me dit aussi qu’avant de jeûner il faut se préparer pendant une semaine. Se purger les intestins avant de commencer. Ça me fait peur. Je décide de rompre mon jeune dans la vallée.

La descente est très spectaculaire avec ce vent violent qui projette des morceaux de schiste. Je suis content d’avoir un sac lourd pour mieux résister au vent. Ça passe très bien finalement.

La descente est très longue. Il n’y a pas de traversée de torrent avant la fin. Au torrent, je romps mon jeune avec un lyophilisé. Je vais très bien, je suis heureux, seul dans la montagne. Il est environ 17h00. J’ai encore le temps de monter au col de Côte Belle, 2290m. 800m de montée. Je vais bivouaquer au col.

Dans la montée je subis 2 ou 3 orages, pas aussi terribles que les orages auxquels on s’attend en montagne. J’enfile ma Goretex et utilise la protection pluie de mon sac. Je me dis que ce ne sont que des orages et que ça ne va pas durer.

Dans la montée, je croise des gars qui descendent. Ils ont pris l’orage au col. Ils ont été terrorisé. Ils n’en reviennent pas d’apprendre que je vais aller y dormir à la belle étoile.

Col de Côte Belle

La fin de la montée au col de Côte Belle est très belle. Il y a des plaques de schistes pointées vers le ciel. On dirait un décor qui aurait pu inspirer Druillet, c’est merveilleux mais malheureusement avec ces orages il n’y a pas une bonne lumière.

Au col il y a beaucoup de vent. Je redescend un peu du côté moins exposé et trouve un endroit moins en pente que les autres pour m’installer. Il se met à pleuvoir. J’accroche ma bâche avec des piquets et me met en dessous. Ce n’est pas du tout catholique mais ça fait longtemps que j’ai envie d’expérimenter ce dispositif. Ça fonctionne pas mal. J’espère juste qu’il n’y aura pas trop de vent et que mes piquets tiendront. Je me prépare à une nuit très froide, venteuse et pluvieuse.

Bivouac sous la bache

J’aurais pu décider de descendre dans la vallée mais j’espère un beau lever de soleil demain matin et je pense a Thibault qui choisit ses lieux de bivouacs en fonction de la photo qu’il pourra faire au lever du soleil.

21 km 3637 m de montée d’après ma Suunto mais je crois que c’est plutôt un moins de 3000. Je suis très content. J’espère que je vais bien dormir.

J2 col de Côte Belle – refuge de l’Olan

Je dors assez mal au col, mon bivouac est trop en pente et le sol est très dur, je me réveille un nombre incalculable de fois pour me remonter et changer de côté. Heureusement, ou malheureusement pour mon endurcissement il ne pleut pas vraiment et il ne fait pas froid.

Vers 6h du matin, coup de tonnerre, je suis tenté d’attendre la pluie pour lever le bivouac mais je préfère lâchement me dépêcher de décamper. Le soleil est dans les nuages, pas de belles photos.

Je ne rencontre pas grand monde dans la descente vers le Désert en Valjouffrey. Ce village tout petit est très beau, pas chic du tout, on dirait que le temps s’est arrêté. Un berger sort ses chiens et son troupeau de moutons. Des lavoirs font des bon coins de bivouac en cas de très mauvais temps.

 

Col de la Vaurze

La montée vers le col de la Vaurze est très longue. Au col je discute avec un gars qui descend. On parle des orages. Il dit que quand on a plus de 50 m sous un sommet on ne risque rien du tout.

La descente entre le col de la Vaurze et le refuge des Souffles est très agréable, quelques passages taillés dans le rocher dans le lit d’un torrent.

Au refuge des Souffles je commande une salade et une omelette. Je ne traîne pas, je voudrais atteindre l’Olan avant la nuit. C’est une variante par rapport au GR54 classique, ça ajoute quelques petits cols facile dans un univers minéral.

Col des Clochettes, col de Colombe et enfin le très célèbre Pas de l’Olan. C’est très minéral. Malheureusement je traverse ces très beaux coins dans les nuages.

Je me dépêche pour voir s’il y a du rab au refuge de l’Olan. Je sais que les repas sont servis à 19h et j’arrive avec environ 20 minutes de retard. Ils me proposent un bol de soupe de légumes. Je ne pouvais rêver mieux.

Après le repas je discute avec des Belges de Renaix. On parle du Mont Saint Aubert et de gars qu’ils ont vu et qui vont faire le tour des Écrins en 4 jours en courant. Ils se préparent pour le Tor et ne sont pas confiants. Mois, au contraire je suis hyper confiant pour le Tor.

Demain je vais faire une journée de repos en allant au refuge de Vallonpierre

Bivouac les pieds dans les nuages à l’Olan

Aujourd’hui 25 km et 2300m de montée.

J3 refuge de l’Olan – refuge de Vallonpierre

Mon bivouac près du refuge de l’Olan est mémorable. Je dors assez mal, j’ai l’impression de dormir sur un lit de cailloux, je pense à l’entraînement des fakirs et tout d’un coup, ça passe, ça devient juste un problème mental. Plus tard je suis trempé tant il y a de rosée, Ça me réveille et tant mieux, la lune illumine la montagne, c’est magique. Et là, tandis que je profite de l’atmosphère, une merveilleuse étoile filante, très grosse, passe dans mon axe. Je n’en avais jamais vu d’aussi grosse. Je fais un vœux, bien sûr, même si Lolo pense que les étoiles filantes ça n’a aucun intérêt puisque ce ne sont que des petits cailloux qui rentrent dans l’atmosphère.

Pas de l’Olan au petit matin

Le matin toute la rosée de nuit a gelé. J’ai de la glace sur mes affaires. Je range mes trucs mouillés et glacés et je repars le plus vite possible en décidant de faire une courte étape aujourd’hui pour que mon sac de couchage ait le temps de sécher un peu. Je vais m’arrêter au refuge de Vallonpierre à environ 20 bornes de l’Olan.

J’ai les mains complètement gelées au début de la descente. Je suis con, mes gants sont au fond du sac. Leçon apprise, garder les gants accessibles quand ça caille vraiment.

A la Chapelle de Valgaudemar j’achète le dernier saucisson dans une petite boucherie qui est en train de fermer. Tant qu’à plus jeûner je mange 2 tourtons achetés à une dame qui les vends au coin de la rue.

Ensuite longue et agréable remontée de la vallée de la Séveraisse.

Au refuge du Clôt je déguste une soupe délicieuse accompagné d’un verre de vin rouge admirable et je réserve mon repas au refuge de Vallonpierre.

Sous le Cirac entre Chambournéou et Vallonpierre

Pour y monter, je fais le détour par le refuge de Chabournéou. C’est un bon choix. Paysage de glaciers et de haute montagne, malheureusement les sommets sont dans les nuages.

Juste avant le refuge je parle avec une femme de la difficulté de randonner en groupe. Elle se plein beaucoup de sa belle fille coréenne qui n’avance pas et se remet du rouge à lèvres dans la montagne. Elle se demande si son fils va être heureux avec une fille pareille, lui qui aime tant la montagne. Elle se plein aussi de son mari qui est endurant mais qui est trop gros. Il a mal à son genou maintenant. Elle ne cesse de lui demander de maigrir.

Au refuge je signe une pétition contre la privatisation des parcs nationaux. Mais quand est-ce que Macron va arrêter ses conneries ?

Dans la traversée vers le refuge de Vallonpierre j’aperçois un chamois, je suis vraiment content de ce détour en dehors du GR54 d’autant que ça évite une fastidieuse montée par des lacets serrés.

Au refuge de Vallonpierre je rencontre Florian et Anaïs, un jeune couple de niçois, ils parlent de faire une expérience de montée de tente au sec. Ils ont une Hubba Hubba comme moi. Ils sont des habitués du camping et évoluent plutôt vers le confort, avant ils étaient au tarp et au matelas de mousse. Ils m’intéressent beaucoup avec leur nourriture qu’ils ont déshydraté eux même. Leur système est génial. Ils ont du bœuf parfumé au gingembre délicieux. Ils ont aussi de la ratatouille. Ils me disent que les aliments, une fois déshydratés, peuvent se conserver très longtemps. Je me demande si je vais m’y mettre aussi. Ils me parlent aussi d’une nouvelle tente qui fait fureur, genre moins de 1 kilo pour 2 personnes. Malheureusement je n’ai pas noté le nom de cette tente. On parle aussi d’Étienne Klein, c’est dingue ce que nous pouvons partager.

Le repas est délicieux à Vallonpierre, il est possible de commander une version végétarienne, je pense à Marie qui pourrait apprécier. Les convives sont sympa. Je suis tombé sur une tablée d’alpinistes. La fille végétarienne connaît le jeune, elle me parle de jeune hydrique je crois. Son copain est un guide de l’UCPA, il s’y connaît en entraînement pour les ultra, apparemment, du long et doux c’est bien. Il me parles aussi d’un nouveau GR qui traverse le massif de Belledone, 5 jours je crois. Encore un projet intéressant pour moi. La fille me parle de médecine ayurvédique et des 3 types de karma qu’il faut connaître, malheureusement, nous ne creusons pas. Elle doit se lever à 4h du mat pour sa course en montagne et nous nous perdons de vue à la fin du repas.

J’ai du mal à retrouver mon bivouac, où j’avais mis mon sac de couchage à sécher, heureusement que j’étais parti manger avec ma frontale.

Xxx km xxx d+ (je n’ai pas récupéré la trace dans ma Suunto, je comptais mettre à jour mon compte rendu avant de l’éditer).

J4 – Refuge de Vallonpierre – Vallouise

Mon coin de bivouac était parfait, de l’herbe grasse, un gros rocher pour poser mes affaires. Il fait froid mais je me réchauffe assez vite. Je ne peux dormir que d’un côté car de l’autre il y a une petite brise glaciale qui me frigorifie. Vers le milieu de la nuit je n’arrive plus à dormir, j’ai trop mal à l’épaule et à la hanche qui touchent le sol. Pas moyen de changer de côté à cause de cette brise. Heureusement j’ai l’idée qu’il fallait. Changer d’orientation, mettre ma tête là où j’avais les pieds et tout va bien pour le reste de la nuit.

Glace sur le bivouac à Vallonpierre

Au matin, tout est gelé mais contrairement à la veille il n’y a pas eu trop de rosée. Ce froid est vivifiant, je suis heureux.

J’enchaîne les cols de Vallonpierre, de Guiran et de la Valette. Dans la descente, je fais de l’eau dans un torrent mais j’y oublie mon chapeau. Quand je m’en rends compte, je laisse mon sac au bord du chemin et me voilà parti pour 200m de montée pour aller récupérer ce précieux chapeau.

Vers midi j’arrive au refuge du Pré de la Chaumette. Je m’y restaure d’un chili con carne arrosé d’un verre de vin. Je lave mes chaussettes dans le Drac Blanc et me voilà reparti pour environ 900m de dénivelé pour atteindre le Pas de la Cavale, un col à 2735m d’altitude. J’adore ce paysage, il y a le majestueux, Cirac à gauche et le petit col du Cheval de Bois qui conduit au mythique, pour moi, col de Prelles que je rêve de franchir un jour.

Le pas de l’Aupt depuis le pas de la Cavale

Le col atteint, l’enchaînement avec le Pas de l’Aupt est très rapide mais ensuite la descente vers Vallouise est très longues. Je décide d’essayer d’atteindre 30km pour chercher un coin de bivouac. Je trouve mon bonheur dans une prairie un peu en pente à côté de la route. Pas trop d’arbres autour pour que je puisse voir les étoiles.

31km 2000m de d+

J5 Vallouise – lac de la Douche

Rituellement,  je vais commencer par parler bivouac. Je l’avais installé au milieu des hautes herbes toutes bruissantes d’insectes variés. Je me suis dit que je risquais de me faire emmerder pendant la nuit mais pas du tout. Toute l’activité insectienne semble s’arrêter avec le coucher du soleil. Les activités bruyantes en tout cas. J’ai donc très bien dormi, pas trop de rosée et une petite étoile filante lors d’un changement de côté. Parfait.

Une partie de la descente vers Vallouise est en bitume, ça passe très bien en descente, j’arrive même à courir avec mon sac à dos de 11 kilos mais j’imagine la galère que ça doit être en montée et je comprends que beaucoup abrégent leur souffrance avec un peu de stop.

A Vallouise, c’est jours de marché. Chouette, j’y achète un saucisson, un bout de fromage et un melon pour un pique nique ce midi. Je prends aussi le temps d’un petit noir croissant, on est en France quand même, profitons-en.

La sortie de Vallouise se fait sur le bitume d’une route très passante. Heureusement, le Pelvoux, illumine ce triste passage de sa présence.

Ensuite il y a une grimpette bien agréable pour atteindre le très beau plateau de Chambran.

Je fais ma lessive et une toilette complète dans un petit torrent. C’est un moment extrêmement agréable, se laver nu dans un torrent d’eau fraîche avec le soleil qui nous réchauffe.

Je jardine un petit peu avant de trouver le bon chemin pour le col de l’Eychauda. Je regrette ne pas avoir la carte IGN qui m’aurait permis de choisir de passer par le lac de l’Eychauda, le col des Grangettes puis par le pas de l’Âne.

La montagne La Cacumelle me fait envie. C’est une montagne de schiste blanc qui n’a pas l’air bien compliquée à gravir. Je ne veux pas perdre une heure aujourd’hui, je vais stocker ce désir dans mes rêves à réaliser. Pas comme la Sagrada Familia que j’ai classé dans les rêves à ne pas réaliser.

Vers le col de l’Eychauda

Heureusement, la montée vers le col de l’Eychauda permet de découvrir une merveilleuse barre rocheuse, toute en rondeur et en cavernes. Je m’imagine être sur Venus, la planète de l’amour.

Arrivé au col de l’Eychauda, je suis atterré de voir que la Cacumelle est affublée de remontées mécaniques. Il semble bien pourtant que l’on est encore dans le parc national des Écrins. Il y a même là un lac artificiel, sans doute pour produire la neige du même nom. Je n’apprécie pas du tout.

La descente vers Le Monêtier les Bains est très agréable, elle zigzague à travers les bois, plus on se rapproche du Monêtier, plus on rencontre des familles avec des enfants, c’est gai.

Arrivé au Monêtier je réalise que je ne vais pas être capable d’arriver avant 19h au refuge de Chamoissière, le prochain refuge sur le GR, je compte donc bivouaquer au lac de la Douche , dans une montée vers le col d’Arsine. J’ai envie d’un plat de traiteur avec des poivrons pour mon bivouac. Je trouve un boucher charcutier avec mon bonheur sur la place de ce triste village, traversé par la grand route qui mène au col du Lautaret.

Je ne traîne pas dans ce bourg plein de touristes qui se baladent ou font du vélo et j’arrive vers 18h au lac de la Douche. Il est peu propice au bivouac mais j’arrive à trouver un coin potable qui risque de me faire passer une nuit de fakir.

Je suis très heureux, seul dans la montagne, avec un glacier au dessus de ma tête, le glacier du Casset, tout petit mais si beau.

La ratatouille est décevante mais le vin de Mondeuse, que j’ai pris au boucher, est délicieux et je me couche heureux de pouvoir vivre comme ça.

36km et 1400m de dénivelé.

J6 – Lac des Douches – refuge de Mouterres

Comme toujours je vais commencer par vous bassiner avec ma nuit, elles sont toutes différentes, c’est incroyable. Cette nuit il y avait un vent constant avec des petites rafales au lac de la Douche. J’ai eu peur que ça me refroidisse mais le bivy bag SOL protège très bien du vent, le seul problème c’est le bruit du tissus qui claque dans le vent. Heureusement, ce vent se calme assez vite. Première nuit presque sans aucune rosée. C’est très agréable le matin de remballer des trucs tout secs.

La montée vers le col d’Arsine est très belle, plein de belles montagnes avec des glaciers. Il y a des vaches dans les pâturages.

Refuge de Chamoissière

La descente vers Villar d’Arène est agréable. A partir du Pas de l’Ane, le chemin longe un torrent jusqu’à la Grave. Ça me paraît long mais c’est un chemin agréable.

La Grave est un village bizarre, traversé par la grand route qui mène au Lautaret. J’y mange une salade niçoise dans une pizzeria au bord de la route. Ça fait longtemps que je bivouaque seul, j’ai envie de compagnie. Je repére un refuge atteignable dans l’après-midi, c’est le refuge des Mouterres sur le plateau d’Emparis. Pas de connexion internet dans ce bled. Je demandeLe texte que vous copiez s’affichera automatiquement ici par sms à Lolo de m’y réserver un repas. Lolo travel m’arrange le coup. nuhn

Je lave mes chaussettes dans un joli lavoir dans une grotte. Je traverse plusieurs très jolis villages dans la montée vers le plateau d’Emparis. Ces villages s’appellent les Terrasses et le Chazelet.

J’ai la pêche dans la montée vers le plateau. Le massif de la Meije est très beau vu d’Emparis. Je me dis que je ne dois pas trop traîner si je veux arriver avant 19h au refuge.

J’arrive vers 18h, je crois, le temps de boire une délicieuse bière brassée par les patrons du refuge.

Le repas est excellent, soupe avec des plantes du plateau, curry de porc, énorme plateau de fromage, buns (un genre de beignet local) et génépi maison à volonté pour digérer. J’apprends aussi la recette du génépi, c’est moitié alcool, moitié sucre et une très longue masserationu . Si je devais en faire, je mettrai moins de sucre. Le refuge de Mouterres, une adresse à retenir.

Par contre, je suis un peu déçu par mes compagnons de table. Ce sont 2 jeunes gars qui sont partis pour faire le tour des Écrins en 6 jours. Nous n’avons pas beaucoup d’atomes crochus. C’est dommage.

Je me couche dans mon bivouac avec les pieds vers la Meije et la tête dans les étoiles. J’espère que le lever du soleil me permettra de faire une belle photo.

Xx km xxx d+

J7 – refuge de Mouterres – Le Bourg d’Oisans

Dernier bivouac du tour des Écrins ce matin. Rien à dire pour une fois, pas de rosée. Je suis désolé, pas de belle lumière pour prendre une belle photo de la Meije, pas de nouveau petit truc d’appris. Il est temps que ce journal s’arrête.

Bivouac sur le plateau d’Emparis avec vue sur la Meije

J’ai le spleen ce matin, c’est le dernier jour de cette aventure, j’aurais voulu que ça ne s’arrête jamais. La liberté de marcher tant qu’on veux, la liberté de s’arrêter où on veut, les beaux paysages, les rencontres, les repas dans les refuges, les bivouacs à la belle étoile, les fleurs au bord des chemins, les odeurs de la nature, les sauterelles qu’on évite d’écraser en marchant, les papillons qui virevoltent de partout et que l’on prend le temps d’observer, les petits villages de montagne, les chemins aériens, les longues montées vers les cols, la question de où va donc être ce col, les objectifs atteints, les heures de méditation, vivre avec un corps en forme, le matériel qui va bien, les erreurs de navigation, se laver tout nu dans un torrent, faire sa lessive dans un lavoir de village, prendre de l’eau dans les rivières, négocier avec les patous, rencontrer des bergers, glisser dans le schiste, avoir très froid le matin, démarrer la journée avec le lever du soleil, regarder les nuages, voir des marmottes et des chamois, continuer pendant les orages, déguster des framboises le matin et des myrtilles le soir, penser à ceux qui ont créés les chemins et à ceux qui les ont empruntés pendant peut-être des millénaires, vraiment c’est triste que les meilleures choses aient une fin.

La Meije

Je descend du plateau d’Emparis, il y a plusieurs villages à traverser, une interminable procession de vieilles voitures donne de l’animation, une dépanneuse vide fait partie du cortège, plus tard elle repasse avec une belle voiture anglaise sur son plateau. Je me demande quel plaisir peuvent-ils trouver à circuler en voiture. L’instinct grégaire sans doute. Je leur souhaite en tout cas.

Je n’ai pas la pêche pour la montée vers mon dernier col du GR54. C’est le col de Sarenne. La montée est belle, plein de beaux murs de pierres sèches au départ. Par contre au col on entre dans le domaine skiable de l’Alpe d’Huez, l’industrie dans la nature.

La descente commence par quelques kilomètres de bitume, ensuite ma trace GPS m’indique de continuer dans la vallée tandis qu’un panneau signale que la prochaine étape du GR est l’Alpe d’Huez. Bêtement je vais à l’Alpe d’Huez. Encore beaucoup de bitume et j’arrive dans la station. C’est sinistre une station de sports d’hiver en été. Il y a plein d’activités un peu minables de proposées, du ball trap, un tout petit golf, un lac pas plus grand qu’une mare, de la luge d’été, quelques remontées mécaniques, des vtt électriques à louer. Je crois que la reconversion des stations d’hiver avec le réchauffement climatique est très mal barrée.

En plus c’est snob quand même. Je m’arrête dans un café et on me dit qu’il n’y a plus de bière. Je repars gentiment et réalise ensuite qu’on n’a pas voulu me servir tant j’ai l’air d’un vagabond. J’avais déjà vécu ce genre d’anecdote juste après The Spine à Édimbourg.

Ensuite je perd la trace du GR, il faut dire que globalement, dans l’Oisans le GR est très très mal indiqué, je regrette de ne pas avoir de carte papier. Du coup je me tape une grande descente de lacets en bitume, un petit chemin existe mais il est réservé aux vélos et interdit aux piétons.

J’atteins finalement le village d’Huez et descend dans les jolies gorges de la Sarenne pour retrouver le GR. Le final vers le Bourg d’Oisan est superbe, des petits hameaux de montagne, des sous bois, une descente compliquée sur des rochers qui ont manifestement été usés par la glace il y a des milliers d’années.

J’arrive à le Bourg d’Oisans. Je suis très content quand même. Demain je pars dans les Cerces, du côté du Mont Thabor pour la semaine de vacances qu’il me reste.

Xxx km xxx d+

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