[CR] Great Escape 100 miles 4000/6800 m de D+

Le Herou

Au début de la course, un des rare belges francophone engagé pour la 2° fois sur Great Escape nous avait prévenu que la zone du Herou était une horreur. Ce secteur se situe peu après le ravito du 140° kilomètre. J’ai cru qu’il avait exagéré mais il avait bien raison, le secteur est tout sauf roulant. On a d’abord une longue descente très raide sur des rochers ou il faut s’accrocher à une chaîne, un genre de via ferrata, ensuite on doit franchir une grosse dalle avec une petite arrête toute lustrée pour mettre ses pieds et quelques petites prises pour les mains, c’est pas du trail c’est de l’escalade, ça fait très peur car si on se plante c’est toboggan jusque dans l’Ourthe. On doit aussi franchir tout un ensembles de chaos rocheux qui font fort penser au parcours des 25 bosses à Fontainebleau et ça finit par un mur que l’on franchit en s’agrippant à de rares racines d’arbres. Là je pense à la Barkley. Moi je dit à Stef et Tim que c’est sadique d’avoir placé ça aussi loin dans la course. En plus j’ai la vague impression d’être déjà passé par là, sans doute lors du Legends 250 ?

Catherine

J’ai rencontré par hasard Catherine assez vite après le départ. Le genre de rencontre que j’adore sur un trail. Une fille qui percute et qui a beaucoup de conversation. Il se trouve qu’on s’était déjà rencontrée sur le 100 km des Trappistes, c’était la fille qui nous avait dit « ah c’est vous les gars qui avez parlé de Gore Tex toute la matinée ? ». On s’est échangé nos petits souvenirs de courses et je lui ai parlé de Martine rencontrée sur la TDS, c’est dingue, elle la connaît aussi. Elles avaient fait un bout de chemin ensemble sur une diagonale des fous. Tant qu’on est resté ensemble le temps est passé très vite mais après un ravito dans l’après midi du samedi elle a « envoyé » dans une descente et je ne l’ai plus jamais revue.

Sommeil

Je suis arrivé sur cette course avec un big déficit de sommeil (genre jamais couché avant 2h du mat depuis 1 semaine avec en plus 1 ou 2 nuits complètement blanche dans la semaine). Le début s’est assez bien passé, j’ai fait un petit somme de 15 minutes au ravito du 119° kilomètre et bizarrement je n’ai pas du tout eu l’impression qu’il m’ait fait du bien. Globalement la nuit de samedi à dimanche aura été une lute contre le sommeil, je somnolais, essayais de me relancer mais luttais toujours contre la léthargie.
Aux environ de midi il m’est arrivé quelque chose d’extraordinaire : j’ai dormi debout. Mon esprit refusait à mon corps ce moment de récupération, je n’avançais plus, tout d’un coup mon corps a utilisé la ruse pour dominer mon esprit qui refusait de dormir. Il m’a fait dormir debout de manière à ce que mon esprit ne se rende pas compte que je m’endormais, jamais mon esprit n’aurai accepté que je me mette en tapon au pieds d’un arbre le temps d’une micro sieste. Je ne sais pas combien de temps j’ai ainsi dormi debout, probablement entre 5 et 10 minutes. J’ai été réveillé par un couple de concurrents qui arrivait sur moi et qui ont bien vu que je dormais debout.

La fin de la course

Après m’être endormi debout je me suis mis à avoir très peur de ne pas franchir les 2 dernières barrières horaire, celle du premier passage à Maboge et celle de l’arrivée finale. J’ai donc couru presque comme un dératé de 13h à 14h pour arriver le plus vite possible à Maboge. C’est vraiment bizarre, pour moi Great Escape c’était juste une grosse sortie longue en préparation du prochain Spine, j’aurais donc pu laisser filer le temps et arriver hors temps à Maboge. Au lieu de ça je me suis retrouvé avec l’extraordinaire volonté de finir coûte que coûte cette affaire. Je ne sais pas d’où m’est venue cette volonté ? Peut être une réaction après mon drôle d’abandon sur le mur d’Hadrien? J’ai couru tout ce qui pouvait se courir, y compris les faux plats montants que l’on est si tenté de marcher en fin d’ultra.
J’arrive à Maboge à 14h15, Stef me dit que je suis encore dans la course et me laisse partir parcourir la dernière boucle de 6 kilomètres. J’ai 2 heures pour la finir.
Arrivé sur le plateau, le coup de vent annoncé est sur moi, on parle de rafale de vent de plus de 100 kilomètres par heure, je suis dans la plaine, ça va, mais je dois passer entre une haie et une forêt avec la tempête qui tapait contre la haie. Je me dit que si je n’étais pas en course je ne me serais jamais engagé dans ce couloir possiblement mortel. Je m’y engage quand même car j’ai une course à finir et je ne voudrais pas me dégonfler pour si peux. Je pense à ma mort, je me dis que Tim et Stef, les organisateurs, ne connaissent pas les numéros de téléphone de mes enfants. Peut-être qu’ils n’auront pas d’autre possibilité que de publier dans Facebook une annonce du genre : « nous avons un macchabée sur les bras, quelqu’un se sentirait-il responsable de cette dépouille ? ».
J’apprendrais plus tard que la course a été suspendue à 14h30, un quart d’heure après mon premier passage à Maboge. Je suis bien content, ça m’aurait fait bien chier de ne pas pouvoir finir la course de belle manière.

Quand j’arrive finalement j’ai l’immense plaisir de revoir Robin rencontré sur The Spine et revu lors de Legends 250.

Quelques recommandations pour ceux qui voudraient y aller

  • Allez y vous n’allez pas le regretter
  • Pour les 3 sacs aux ravitos, attention, préparez 3 sacs différents car ce n’est pas le même sac qui va vous suivre de ravito en ravito
  • Vu que le marquage est un peu ollé ollé , je vous conseille de partir avec la trace dans un GPS du genre Garmin Etrex (malheureusement le Etrex 30x ne se fait plus, bien dommage). On suit le marquage du Eisleck trail.
  • Un ravito tous les 20 kilomètres environ. C’est top confort, pas besoin de partir avec plein de bouffe.
  • Il va falloir courir, les barrières horaires ne sont pas faites pour les randonneurs du dimanche
  • On fait plus de 100 kilomètres dans le Luxembourg. Ambiance spéciale avec plein de villages déserts. Jolis châteaux forts de temps en temps.
  • 100 miles, même si on les voit comme une sortie longue de préparation à des courses plus longues, c’est quand même un format très sympa. Ça ne prends pas trop de temps mais ça permet déjà une belle aventure.

Leçon pour The Spine

  • Altra Lone Peak ok ? Ce serait peut-être bien de tester la version plus amortie ?
  • Le sommeil est important, il faut absolument que je me fasse une cure de sommeil la semaine qui précède la course
  • Bien lacer les Altra Lone Peak parce que les orteils tapent dans les descentes et j’ai fini avec des ongles tout noirs.

SMS

Il m’arrive maintenant de documenter mes courses en envoyant quelques SMS à la cantonade, voici ceux envoyés à l’occasion de Great Escape.

Samedi à 1h40
À 2h un bus va nous emmener au Luxembourg. On est moins de 100 sur le 100 miles. Départ de la course à 4h.
J’ai dormi à la belle étoile dans un champ d’orties fraîchement coupées. Des araignées m’ont régulièrement chatouillé
Tout le monde parle flamand.
Tim annonce 6800 m de dénivelé.

samedi à 9h49
On se régale
Tempête annoncée cette nuit rafale 100kmh.
Ça va swinguer

Samedi à 13h09
Petit passage à vide. Je cours moins et moins vite

Samedi à 17h04
Mi chemin. Reste 23h. Tout va bien.
Pb gourde perdue très stressant.
Je repars
J’ai 1 bouteille.
La pluie arrive
Moral au plus haut
Pieds douloureux

Samedi à 22h01
Ma montre déconne de nouveau. Elle enregistrer plein de kilomètres. Je crois que j’avance alors que je me traîne.
Il pleut et à ma vitesse c’est terrible. Je suis transi de froid et ne me réchauffe pas. Mes mains gonflent et deviennent inutilisables.
Prochain ravito je vais essayer de faire soigner mon dos qui est en sang. Frottements du sac.
Le moral est bon.

Dimanche à 2h54
C’est dur, c’est long. J’avance doucement.
Il pleut doucement mais sans discontinuer.
Des campeurs m’ont payé une bière dans la forêt. Je me suis réchauffé un peu.
120 kilomètres il me reste 16h pour le dernier marathon.
Je vais dormir 15 minutes ici

Nos pieds sont crevassés par l’humidité. Je ne retire pas mes chaussettes.

Dimanche à 3h28
Je repars. C’est très désagréable de remettre des vêtements trempés.
Prochain ravito dans 12 km
Reste 40 k environ.

Dimanche à 6h46
Quelle galère. Je dors debout. J’avais un énorme déficit de sommeil au départ et là je le paye très cher.
Je me casse beaucoup la gueule. Argile dure très très glissante.
Probabilité que j’abandonne proche de 0.
Bientôt le petit jour.

Dimanche à 17h18
C’est fini dans les temps.
J’ai cru à environ 20 bornes de l’arrivée que j’allais être hors temps.
Du coup j’ai couru comme un dératé les derniers kilomètres avant la drôle de boucle finale.

Lundi matin à 10h21
Mon corps ce matin.
Allongé il va assez bien. Debout j’ai mal partout et même à la tête. J’ai beaucoup de mal à marcher. Mes pieds sont très douloureux.. Mes pieds et mes chevilles sont encore tout gonflés. Mes jambes sont toute raide. Sinon ça va bien.

2 commentaires


  1. Merci MisterMiles pour ton compte-rendu bien ficellé

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