[CR] Maxi Race 2015 – 85km / 5300m D+

 

Maxi raceJe n’ai pas vraiment choisi de faire cette course, c’est elle qui est venue à moi. Comme c’était une course support d’un championnat du monde de trail, que la FFA (Fédération Française d’Athlétisme) parrainait l’épreuve, que mon club de Trail est en fait une section d’un club d’athlétisme, voilà que le club nous a encouragé à nous inscrire sur le truc. Si je ne devais dire qu’un mot c’est que je n’ai pas regretté mon expédition.

Avec énormément de difficultés personnelles en ce moment, je ne m’étais absolument pas projeté dans cette course. Je n’avais rien organisé et me disais qu’un petit 85km ne méritait pas qu’on s’y attarde trop. Une semaine avant le départ, on a discuté de l’affaire avec Olivier C et il m’a proposé 1) une place dans son mobil home et 2) une place dans une voiture qui faisait l’aller retour sur le Week End. Elle est pas belle la vie ? Ça commençait bien cette affaire là. Seul problème, les gars partaient jeudi matin pour un retour lundi dans la journée. Ça fait 3 jours de congés à poser et ça ne m’arrange pas du tout vu mon programme de l’année. J’ai réussi à trouver une solution avec Guillaume, lui aussi du club qui repartait après sa course du dimanche (le beau 42km de la Maxi Race). Ça allait nous faire une courte nuit avant le boulot lundi matin mais bon, pour moi c’est mieux.

Peu avant le départ j’ai réalisé que ça allait être ma première grande course en montagne (car on ne considère pas que les templiers se passent dans la montagne)  et que ça risquait de ne pas passer. J’ai même estimé que mes chances de finir dans les temps étaient d’environ 50% et mon objectif était juste de finir avant les barrières horaires (18 heures) pour me faire le pied montagnard et aussi empocher les 3 points dont j’ai besoin pour l’UTMB 2016.

Les 2 jours de voyage ont beaucoup servi aussi à faire monter la pression. Mes 3 collègues ne considéraient pas du tout l’affaire comme une promenade de santé et ils m’ont fait bien peur en me disant que le genre de montées interminables qu’on allait rencontrer n’étaient pas à la portée de tout le monde et qu’on ne pouvait pas savoir à l’avance comment ça allait se passer. Le paysage à Annecy était très inquiétant, l’idée de faire le tour de tout ce paysage immense en une journée me semblait complètement farfelu et parfaitement hors de ma portée.

Cela dit, la journée de vendredi n’a pas été que stressante. On a bien profité de notre jour de vacances avec une ascension du Semnoz en voiture qui ne nous a pas beaucoup fatigué et une petite bière au sommet (Seul Nico a brillamment résisté), la rencontre de Fabrice de la confrérie et aussi de Tinderman (il se reconnaitra), les dossards ont été assez vite récupéré, globalement pas trop d’achats impulsifs idiots lors du petit salon du trail de l’occasion et passage par le magasin d’usine d’AmerSport dans la périphérie d’Annecy. J’y ai craqué pour une petite veste Salomon en Primaloft pour The Spine cet hiver.

De retour au mobil home, après avoir été cherché Pat et Fabienne à la gare on improvise une pasta partie (ni la première, ni la dernière entorse à mon régime paléo ce week end) et on prépare notre matos pour le lendemain. Stupeur, sur mon dossard un prénom apparait, ce n’est pas le mien, c’est celui de Mael.

Juste le genre de truc qui permettent de ne pas fermer l’œil de la nuit qui précède une course importante. Si je fini la course, c’est Maël qui empoche les 3 points et lui comment savoir s’il a la carrure pour finir ? Finalement il m’a semblé avant de partir que l’affaire été corrigée. Le LiveTrail a l’air d’avoir été mis à jour.

Juste avant le départ, Nico me fait abandonner un poids phénoménal (500 cl d’eau pour le cas où, un demi kilo de pâtes de fruit, une de mes 2 grosses barres aux fruits secs, ma petite couche mérinos de rechange et j’en passe). L’idée est qu’en montagne, le poids est l’ennemi du montagnard. Pat approuve.

La course.

Sur la ligne de départ on retrouve les potes vus la veille. Tout le monde essaie de se placer dans le premier sas mais ma crainte de ne pas finir me pousse à être prudent, je prends place sur l’arrière du peloton en me disant qu’en ultra les exploits des premiers kilomètres ne valent rien devant les coups de moins bien de la deuxième partie de la course.

Traversée d’Annecy.

C’est tout plat. Je ne fonce pas comme un dératé mais je ne traine pas non plus. On atteint les contreforts du Semnoz et ma stratégie est payante : pas de gros bouchon avant d’atteindre le premier monotrace.

Montée vers le Semnoz.

Je ne sais pas quel est mon classement au tout début de la montée. Un pointage est effectué après environ 8km dans la course, je suis 1357°. Tout va bien.

Pendant très longtemps, on est sur une monotrace qui empêche tout dépassement mais vers la moitié de la plus grande ascension de la journée les dépassements deviennent possible. Je me met à courir tranquillement dans les montées, même bien raide. Petit pas petit pas comme dirait Coachy et ça marche bien. Je ne me fatigue pas trop mais je passe de 1357 en bas du Semnoz à 1066 en haut. Je me sens bien. Mon idée est de ne rien lâcher en montée et de la jouer tranquille en descente.

Du Semnoz à Doussard.

Je sais depuis les templiers que les descentes sont mon talon d’Achille et donc sur les conseils d’Olivier, je ne cherche pas à faire le kéké dans les descentes. Heureusement, sur la Maxi race, il y a pas mal de mono trace dans les montées mais dans les descentes c’est plus du « bi-trace » ou même du « multi-trace » et je ne suis pas obligé de passer des minutes sur le bord du chemin pour ne pas entraver la progression des plus rapides en descente. Je suis tranquille et tout cela fait qu’alors que j’étais sur de perdre des places je découvre à l’arrivée que j’ai continué de modestement progresser dans le classement. De 1066 en haut du Semnoz à 985 à Doussard en passant par 1014 au col de la Clochette.

J’arrive hyper frais à Doussard. Alors qu’à la Bouillonnante, je commençait déjà à perdre des places au 20° kilomètre, j’ai eu l’impression de gérer différemment sur cette Maxi Race. Je n’ai pas fait des étincelles mais je n’ai  fait que de progresser dans le classement dans la première moitié de l’épreuve.

Doussard, le ravito de la mi chemin.

J’y arrive bien tranquillement, le petit passage sur le bitume en plein soleil n’est pas drôle mais la gazelle qui a marqué au rouge à lèvre le N° du dossard de son amoureux sur son ventre me fait un sacré effet et j’arrive euphorique dans le gymnase de Doussard. J’y retrouve mes potes, David et Olivier, avachis sur de pauvres chaises alors qu’ils étaient censés caracoler bien loin devant moi.

Je les booste pour repartir, j’ai tellement la pêche que je danse au rythme de la sono du coin et je me met même à faire des tour inutiles dans les prairies qui jouxtent la trace. Mes potes sont démolis et très inquiets sur ma santé mentale. Je leur dit que les ultra c’est mon truc, mon kif et que je ne me suis jamais senti aussi bien.

Ils m’ont joué le tour des gars qui allaient abandonner et je ne suis pas sur d’avoir bien réagi. en gros j’en avais rien à foutre puisque j’avais la grosse pêche. Bon en fait c’était une blague et Olivier a proposé une fin en mode Confrérie et j’ai dit OK. Ils m’ont proposé de faire ma course (c’est à dire partir tout seul en avant) mais je leur ai dit que le mode confrérie me convenait pour autant qu’on n’était pas rattrapé par les  barrières horaires. Compliqué pour moi mais donc j’ai adopté leur rythme du moment.

Après Doussard, il y a une montée en mono trace très longue. Beaucoup de gaz à droite, on pense à Doudou qui n’aurait pas trop apprécié. Nous débouchons dans les alpages, le paysage est sublime. Au pointage peut avant la fin de cette ascension on nous apprend que nous avons 4h30 d’avance sur la barrière horaire. David a envie de se reposer et on fait une petite sieste en plein cagnard. Très bonne ambiance entre traileurs à ce moment là. Tout le monde est bien et on profite de notre journée.

Ensuite, sur la fin de la montée vers le Roc Lancrenaz, j’ai commencé à entrer dans le dur.

De Roc Lancrenaz à Menton Saint Bernard.

C’est essentiellement une longue descente roborative suivie que quelque petites bosses. Je suis complètement déshydraté. J’ai mal à la tête, des ballonnements, je sens que ça ne va pas bien du tout. Le problème aussi c’est que mes 2 camarades pètent la forme eux. Leur coup de moins bien est passé.

Je négocie de faire un petit somme à Menton Saint Bernard. Il n’est pas question d’abandonner mais les 2 dernières difficultés de la journée s’annoncent très difficile et très longues à franchir.

Je tente le tout pour le tout en buvant quasiment cul sec un litre de coca (avec la crainte que cela me fasse plus de mal que de bien car je ne bois quasiment jamais de coca, même en course). Je m’allonge par terre dans le gymnase et ferme mes yeux. Mes camarades sont impitoyables et m’accorde un somme de moins de 5 minutes.

On repart.

La dernière montée.

Elle est interminable. David a des ailes et je me met dans les pas d’Olivier. J’adopte la stratégie du suceur de roue. Je ne le laisse pas prendre la moindre avance. Je ne me concentre que sur ça et nous avançons bien. La crête suivante nous semble interminable. Il y a beaucoup de gaz et c’est équipé comme une via ferrata. La descente nous fait peur, elle est annoncée comme très raide et très technique. Mes potes sont inquiets car je suis un très mauvais descendeur et ils le savent. Il y a une tension pour maintenir le mode confrérie.

La dernière descente.

Et la c’est BIM ! Je prend la tête de notre mini colonne et des ailes me poussent dans le dos. Mes pieds sont devenus montagnard d’un seul coup, comme si la fée de la montagne m’avait ouvert les chakras. C’est du délire, je suis un gamin, j’ai rajeuni de 30 ans. Nous volons, nous doublons, nous sommes les loups de la nuit. J’ai l’impression de faire des bonds qui pourraient en remontrer à Kilian. N’importe quoi, l’euphorie.

David et Olivier sont heureux, il s s’attendaient au pire. Pour eux ce type de descente rapide ne pose manifestement pas de problème.

On essaie de sprinter sur le kilomètre de ponton final mais j’ai un peu de mal à suivre. C’est l’euphorie à l’arrivée.

 

Matos

Après cette envolée lyrique, retour sur terre avec quelques remarques sur le matos.

  • Je suis hyper content des Adidas supernova riot 6. 2 petites ampoules au pied droit mais rien de grâve. Elles sont parfaite pour la circonstance. Peut-être même mieux que les Cascadia.
  • Cafouillage avec mon camelbak Salomon. Le tuyau était mal clipsé et impossible à remettre en place. Poche àà eau inutilisable. La prochaine foi, j’envisage de partir avec 2 bidons.
  • Encore des bugs avec la Suunto Ambit. Elle m’a ajouté plus de 20 kilomètres au 85 de l’épreuve. Avant Doussard les kilomètres défilaient à vitesse grand V et je me sentais bien. Quand j’ai réalisé que c’était le retour du sacré bug (le bug de l’autolap ?) cela ne m’a heureusement pas entamé le moral. Il faut dire que j’étais tellement allumé à ce moment là que rien ne pouvait m’atteindre.
  • J’ai utilise un nouveau modèle de chapeau thaïlandais. Pour lui j’ai profité du leitmotiv « oh le joli chapeau » toute la journée.
  • J’ai fait la course sans bâtons (nous étions assez peu à courir sans bâtons) et à un moment où j’étais pas bien du tout, David m’a fait essayer ses bâtons. Cela ne m’a pas plu du tout. C’est décidé pour la TDS, ce sera sans bâtons et puis c’est tout…

 

 

 

 

 

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