[CR] Origole 2014 – 13h30 pour en venir à bout mais je m’attendais à pire

Origole 2014 – crédit photo MEROU Photographie
Origole 2014 – crédit photo MEROU Photographie

Olivier avait encouragé les gars du club a s’inscrire à l’Origole en nous appâtant avec un truc du genre « ya pas mieux pour en chier ». On a été quelques un à mordre à l’hameçon mais il y a eu beaucoup de DNS (Did Not Start) et nous nous sommes retrouvés à 3 sur la ligne de départ. Alex pour la première boucle et Simon et moi pour les 3 boucles.

Avant le départ Olivier nous avait dit « s’il y a un finisher on fait un pot podium ». Genre vous allez voir, il faut vraiment s’accrocher pour terminer.

Les organisateurs nous ont tenu le même discours en affichant un grand tableau avec le pourcentage d’arrivant par année. La moyenne est de moins de 50% et il n’y a pas de « bonne » année.

Préparation

Tout cela a fait que j’étais à la fois très stressé et aussi super bien préparé.

Préparation physique.

Physiquement il me semblait que j’avais bien récupéré des 100km de l’Endurance Trail des Templiers un peu plus d’un mois plus tôt et avec la Sparnatrail et the Poppy Tour entre 2 j’avais fait juste ce qu’il fallait pour entretenir mes mitochondries.

Préparation mentale

Mentalement aussi j’étais au top. J’ai utilisé toute mon expérience pour préparer cette Origole. Des 12 travaux d’Hercule j’avais appris à mes dépens que l’on peut perdre une course aux ravitos en y passant trop de temps et c’est d’ailleurs sur ce seul point qu’Olivier a insisté en nous donnant le conseil d’avoir un haut sec de près pour chaque boucle et de commencer par se sécher, changer de vêtements, passer rapidement au ravito (juste prendre des trucs et les manger dehors sur la route) et de repartir le plus vite possible avant d’avoir eu le temps de se refroidir (mais merde alors, une phrase presque aussi longue que celles de Proust que j’arrive à relire, il doit y avoir un problème).

J’aurais peut être trainé un peu plus que prévu devant le buffet du ravito mais je suis sûr qu’Olivier va bientôt me trouver une astuce pour boire un bol de soupe en courant (pour ce début de phrase avec « j’aurais », je ne sais pas quel temps j’emploie et je risque tout au niveau concordance des temps. Je suis allée va sans doute me faire quelques reproches bien sentis).

Au niveau mental je m’étais donc surtout préparé à ne pas flancher au ravito en y restant trop longtemps où en y réfléchissant trop.
En dehors des blessures j’avais surtout peur de décider d’arrêter entre la deuxième et la troisième boucle.

Préparation du matériel.

En fait ma préparation matos fait partie de la préparation mentale. J’ai même déjà écrit un article complet sur ce petit sujet. Le plus important n’est pas vraiment le matériel, le plus important est de se projeter dans l’épreuve et de planifier tout ce qui peut être planifiable pour éviter de perdre la moindre seconde pendant l’épreuve avec un truc qui aurait pu être prévu par avance.

Sur ce sujet c’est marrant de constater que les préoccupations des vieux briscards qui ne luttent que contre la barrière horaire rejoignent en partie celle des jeunes loups qui luttent pour le podium. Encore un drôle de paradoxe de l’ultra.

Le départ.

Donc même si à l’Origole on ne rigole pas nous voilà maintenant sur la ligne de départ. Ça traine, on dirait que certains ont d’autres choses plus importantes à faire mais finalement ils nous lâchent avec près de 10 interminables minutes de retard. Ambiance style Templiers avec musique et flambeaux mais en plus petit et très sympa.

Je pars avec 2 couches et je garde ma veste Goretex dans mon sac.

Parcours.

Le parcours des 3 boucles est presque intégralement en sous bois avec une très grande partie hors chemin. Parfois tracé au milieu des fougères (très beau la nuit avec la rosée gelée qui scintille dans la lumière de la frontale), parfois tracé dans des champs de ronces et heureusement bien nettoyé. Contrairement à ce qu’Olivier avait annoncé je n’ai pas plus les jambes en sang après 86 kilomètres d’Origole qu’après un entrainement de club aux Marchenelles.

Pas mal de boue surtout sur la première boucle mais je m’attendais à bien pire. Je croyais que ça monterait jusqu’au genou mais ça dépassait rarement la cheville. La boue n’était généralement pas trop liquide et s’écartait lorsqu’on y prenait pied. Presque rien ne rentrait dans les chaussures. Même si ça complique la progression et alourdit beaucoup les pieds j’ai été un peu déçu par la gadoue. J’ai l’impression que c’était en fait assez facile de garder les pieds au sec sur l’Origole.

À la fin de la première boucle j’ai retrouvé Simon dans la salle de sport. Comme prévu je me suis déshabillé, séché et rhabillé avant de passer rapidement au buffet. Simon a trouvé la première boucle extrêmement boueuse mais mon avis était très différent. Je m’attendais à bien pire.

On est reparti ensemble et Simon a pris le large après quelques kilomètres et globalement je me suis retrouvé tout seul sur cette deuxième boucle. Tout le monde l’a trouvé trop plate mais moi je l’ai trouvé bien. Je ne vais déjà pas bien vite et je guette la barrière horaire. J’arrive à la base avec 2h d’avance sur la BH, le moral est très bon.

Après cette deuxième boucle je ne me suis pas une fois posé la question d’abandonner. Je n’ai pas changé ma couche Mérinos parce bizarrement elle était parfaitement sèche. Je retrouve Simon au buffet du ravito, me gave de cochonnailles (jambon cru, jambon blanc, saucisson et pâté), avale un bol de soupe et on repars avec plus d’une heure et demi d’avance sur la barrière horaire.

Tout va bien, de nouveau Simon me dépose après quelques kilomètres et commence alors pour moi un long calvaire. Mes pieds me font très mal, les Hokas m’empêchent de courir dans les dévers (mes malléoles internes frottent contre le rebord de la chaussure) et je pleure dans toutes les descentes (peur de glisser, mal aux pieds, impression d’avoir des ampoules en dessous des orteils, chocs très douloureux).
Je ne fais que de me faire doubler (50 places nous séparent à la fin avec Simon et c’est donc le nombre de gars qui m’ont dépassé sur cette boucle).

Les bénévoles du Téléthon font des trucs marrants sur cette boucle. Il y en a 2 qui ont mis plein de petites bougies dans un virage. C’est poétique.

Je galère et je ne vais pas vite du tout. Je m’en fiche un peu. Je sens que je vais finir et c’est ce qui compte le plus. Vivement le pot podium !
Heureusement le paysage est absolument superbe et le jour se lève. On progresse sur du sable, on traverse des chaos rocheux, des petits panneaux (que je prends le temps de lire) nous indiquent à un moment que nous traversons une ancienne carrière de pierre de la ville de Paris.

Simon a trouvé la boucle épouvantable avec d’innombrables montées et descente de ce qui lui a semblé être toujours le même coteau. Pour moi c’est vrai que cette partie comportait plus de dénivelé que les 2 autres réunies mais il n’y avait aucune exagération.

Je me traine mais ne perd toujours pas le moral. Quand un bénévole annonce qu’il ne reste plus que 15 kilomètres je fais mes maths et me dit des trucs du genre « faudrait quand même voir a accélérer parce qu’à 3 kilomètres par heure il me faut encore 5 heures pour finir et donc ça va me mettre hors temps ». En fin d’ultra je devrais pouvoir viser 7 kilomètres par heure sur ce terrain mais je reste zen.

Ma montre se met a se moquer de moi. Elle me propulse a 8 kilomètres par heure vers le 70° kilomètres et m’annonce 80 kilomètres parcourus alors que je n’en suis qu’au 72°. A un moment je me dis « tiens tu ne coure pas beaucoup mais faut pas t’en faire car ça ne fait pas du tout chuter ta vitesse moyenne » je suis presque euphorique et me remet à trottiner. Comme mon Ambit m’avait déjà fait le même coup aux Templiers cette fois ci je me met plus vite à douter de ce qu’elle me raconte. En fait mon GPS de très très haut de gamme a perdu son signal pendant plusieurs heures d’affilées et a fait, sans rien dire, des extrapolations de vitesse basées probablement sur ma vitesse moyenne depuis le début. Suite à mes réclamations après les Templiers, c’est pas grave d’après Suunto. 2 fois exactement le même problème, ça commence à devenir inquiétant pour moi. On va en reparler avec Suunto.

A un certain moment je me suis dit que ce serait bien qu’on arrête de me doubler et qu’il fallait pour cela que j’essaie de m’accrocher à ceux qui me doublaient. Depuis le début de la troisième boucle, quand je sens qu’il se pourrait que je gêne quelqu’un qui voudrait me dépasser, je lui laisse le passage en passant en mode « spectateur », je me mets sur le côté du chemin et je regarde passer le (ou les) gars avec un petit mot d’encouragement du genre : « putain vous avez vraiment la pêche ». C’est super marrant mais une fois il m’a semblé que je me faisais engueuler par le gars qui me dépassait qui me répondait que fallait pas croire que c’était beaucoup plus difficile que ça n’en avait l’air. Il n’a pas du se rendre compte que je lui facilitait le travail en lui évitant de passer par les ronces pour me dépasser. Désolé mais je me suis dit qu’il y avait vraiment des cons sur terre…

Donc en tout cas, sur les derniers kilomètres j’ai réussi à doubler 4 concurrents. Le premier m’avait préalablement dépassé mais je me suis accroché et l’ai redoublé ensuite. Les 2 suivants marchaient tranquillement mais le dernier m’a nargué pendant plus d’une heure. Il courait comme un zombie et je me disais que je pouvais le rattraper en 2 minutes. Il m’a littéralement fallu une heure pour l’atteindre. Je suis vraiment nul parce que au lieu d’échanger quelques mots avec ce potentiel camarade, je l’ai bêtement dépassé sans un mot pour finir quelques minutes avant lui.

J’ai mis 13h30 pour boucler l’Origole. Pas terrible mais c’est fait. J’ai été très surpris d’avoir été félicité par ceux qui m’ont remis ma belle polaire siglée de finisher 2014. 122° arrivant. Simon est 72° avec une heure de moins.

2 jours après je rêve déjà d’y retourner en espérant des conditions climatiques moins clémentes dans 2 ans.

Mais avant de faire ce rêve il y a encore notre retour stupide à narrer.

Le retour à la maison

Fort de mon expérience de cet été aux 12 travaux d’Hercule où j’étais reparti en voiture juste après être arrivé, après avoir fait un passage tranquille au ravito d’arrivée et m’être changé au minimum (sans prendre de douche alors qu’elles étaient bien chaudes d’après Simon), il m’a semblé tout naturel de prendre la route pour retourner dans le nord. C’était une mauvaise idée. Un calvaire pire que la troisième boucle de l’Origole. Aux feux rouges, maintenir la pédale d’embrayage enfoncée était un exercice très douloureux, mes genoux me faisaient horriblement mal et j’avais un mal de chien a rester concentré sur la route. Simon ronflait pendant que je zigzaguais entre bande bruyante et klaxon des gars de la file de droite.

Comme il n’y avait plus de barrière horaire j’ai décidé de m’arrêter à la première station service venue pour une petite sieste. J’ai trouvé mon bonheur dans la plus bruyante station service qui soit, à la Courneuve sur l’A1. On a dormi au moins 2 heures là. Je suis sur que je repenserai à l’Origole la prochaine fois que je vais passer à la Courneuve.

Épilogue.

Voici un extrait du message d’Olivier qui annonçait le fameux pot podium :

Tout d’abord FELICITATIONS à SimOne & Yann qui ont réalisé un véritable exploit en terminant pour leur 1ère tentative, l’Infernale ORIGOLE !!! Bravo également à Alex qui a terminé la petite version ( 30km ) et qui basculera sur celle des hommes l’année prochaine !!! Ce qu’ils ont fait est tout simplement HEROÏQUE, on peut être fiers et heureux d’avoir de tel specimens avec nous.

Et moi je vous félicite si vous avez tenu jusqu’ici la lecture de ce compte rendu fleuve.

Pour ma part, je ne rêve plus que de l’Origole 2016. J’espère juste qu’elle sera un peu plus corcée.

Trucs en vrac que j’ai oublié de dire dans mon CR.

  • La température est descendue jusqu’à -7° sur la course. je ne m’en suis absolument pas rendu compte.
  • Beaucoup de Kikourous sur l’Origole. Certains s’étaient réunis dans une pizzéria avant la course. Ça avait l’ai sympa.
  • Beaucoup de Kikourous avec Stoots.
  • 97 kilomètres indiqués par ma Suunto Ambit3 Peak. environ 10 de plus que les autres montres. Voici le liens Movescount qui en atteste : http://www.movescount.com/fr/moves/move47101957
  • la pipette de ma poche à eau et celles de ma gourde étaient complètement gelés à un moment. J’ai réussi à réchauffer celle du bidon mais pas celle de la poche.
  • Balisage nocturne extraordinaire avec des milliers de petits papiers réfléchissants agrafés à la main au bout de chaque rubalise.

 

 

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