[CR] Pays Blanc avec la confrérie

J’ai du mal à démarrer ce compte rendu. Comme c’est moi qui ai tracé ce parcours j’ai peur que si je dit des trucs du genre « c’était génial » j’ai l’impression de me vanter. J’aime bien les hyperboles mais aussi ma pudeur et ma quête d’objectivité entravent mon lyrisme aujourd’hui.

Bon, quand même, pour moi cette sortie, qui célébrait, à sa manière, les 10 ans de la confrérie était à la hauteur de ce que j’adore avec la confrérie. Lors de ma première sortie avec la confrérie je ne connaissais personne mais j’avais été extrêmement impressionné, dès la première fois, parce que j’y avais découvert.

Je fuyais les groupes jusqu’à ce moment là. Je voulais rester indépendant, libre de mes pensées et de mes mouvements, je ne voulais pas me soumettre à des codes sociaux, je privilégiai mon individualité par dessus tout. Paradoxalement mon individualité c’est celle d’un individu qui avait l’adaptation comme principe cardinal. Je me considère comme un étranger sur la terre. Je ne suis là que de passage et je ne veux pas marquer ce passage.

Ce n’est pas tout à fait vrai. Avant, je voulais fonder une famille, c’était mon objectif depuis mon enfance. Cet objectif m’avait entraîné dans un couple fusionnel avec une femme extra ordinaire. Ce couple avait produit ses fruits, les fruits avaient grandis quand j’ai découvert la course à pied et j’ai pu m’adonner à ce plaisir après avoir eu l’impression que mes enfants pouvaient avoir aussi besoin que je leur consacre moins de temps.

Donc, quant à ce qui est mon passage sur la terre, mes objectifs étaient remplis en ce qui concerne la reproduction. Et je me suis retrouvé, seul avec moi même, sans autre objectif dans la vie. Mon père disait souvent qu’après 40 ans un homme ne servait plus à rien. Il est mort maintenant et je n’ai pas eu le temps de confronter ma vision à la sienne. Il se pourrait qu’il voulait dire que, une fois devenu père et que ses enfants aient reçus les fondations d’une éducation, la nécessité de sa présence sur la terre perde une grande partie de son évidence.

Je pourrais donc être dans une simple reproduction avec mes états d’âme. Mon père a lui aussi, j’en suis sur, trouvé sa confrérie dans ses activités avec des gars qui nettoyaient les rivières en Bretagne. Il y avait là des très jeunes retraités de l’armée de l’air, ils utilisaient des tronçonneuse pour débarrasser les rivières d’arbres qui gênaient le passage des poissons. Quand il y avait un énorme tronc d’arbre à sortir de la rivière, c’était lui, un vieil hercule moderne, qui, utilisant sa force extra ordinaire, balançait le tronc sur la berge. Il appartenait au corps des nettoyeurs de rivière.

Voilà donc quelques éléments pour expliquer mon attachement à la confrérie. La confrérie c’est, pour moi, un champ social. Ce qui est dingue avec la confrérie c’est que ce champ soit à la fois extrêmement codifié (l’oracle, les grands guides, les grades, les rituels…) et aussi extrêmement ouvert avec l’accueil, sans fioritures, de tout ceux et celles qui voudraient courir avec eux. J’ai adoré tout le bazar dès mon premier jour avec eux.

Voilà donc un petit préambule pour ce petit compte rendu de la confrérie au pays blanc. Ce préambule m’a permis de m’attarder sur d’où j’étais et une partie de ce qui m’attachait à la confrérie.

Ce parcours, j’ai eu énormément de plaisir à le préparer et comme il n’est pas loin de la maison, j’y suis venu plein de fois, dans plein de circonstances différentes. Je n’étais pas du tout stressé par l’accueil qu’allait en faire les confrères même si certains passages ne sont pas vraiment bucoliques ou merveilleux.

J’ai été très étonné, ce jour là, par le fait qu’après ces quelques années et plus de 1200 kilomètres parcourus avec eux j’ai pu ressentir le sentiment d’appartenance. Quand Manu ou Gégé s’adressaient à moi c’était souvent pour évoquer des souvenirs communs. C’est merveilleux ce sentiment d’appartenance, ce sentiment d’avoir une histoire commune, on est là dans ce qu’une famille a de mieux à donner. Le plaisir de partager des moments avec des gens qu’on aime.

Bon donc, on était 10 ce jour là, 10 comme les 10 ans de la confrérie.
• Il y avait Manu, le grand guide, heureux et jovial comme rarement mais il faut dire qu’il gagne a être connu et que ça n’est pas gagné du jour au lendemain.
• Il y avait Gégé qui n’a pas traîné la patte et qui a tout apprécié et en particulier de repasser sur des sentiers parcourus ensemble lors de la randonnée des 5 clochers. Il nous a fait pisser, au bord de la prison, sur les mêmes touffes d’herbe qu’il avait arrosé ce jour là.
• Il y avait Jean Michel que je connais moins mais dont je me souviens d’une réflexion sur une fille avec des talons aiguilles sur les quais d’une gare au retour d’une sortie du côté de Fontainebleau. Ce jour là c’était cool pour lui, il n’a pas vomi.
• Il y avait Ben qui aurait pu organiser cette sortie bien mieux que moi, lui aurait planqué une caisse de bière ultra locale au 35 ème kilomètre ou aurait défini une zone de départ permettant de franchir l’ultra (le 42 ème kilomètre) dans un endroit singulier. Sur ce point, je ne regrette rien, on a franchi l’ultra dans un endroit vraiment minable, au bord d’une route nationale avec plein de voitures, mais le cœur y était. Ben est merveilleux, il nous a tous étonné en sortant une table de camping de nulle part pour les libations finales.
• Il y avait Lolo, et tout ses jeux de mots. C’est dingue comme ce gars me met à l’aise. Je ne sais pas comment lui dire autrement que je l’adore. C’est lui qui a réalisé cette super vidéo de la sortie.
• il y avait Vincent, ce bon compagnon qui a fait son premier 100 kilomètres avec moi. Ce jour là il était triste que la confrérie ait ralenti le rythme de ses rendez-vous. Il a hâte de nous faire découvrir une belle trace qu’il a préparé.
• Il y avait Simon, le gamin du jour, encore dans sa vingtaine. C’est réjouissant de voir que cette confrérie convient aux jeunes.
• Il y avait Fabrice, l’ultra traileur qui ne s’arrête jamais de courir. On va se retrouver avec plaisir sur un petit 100 miles en Belgique (le Bello Gallico).
• et il y avait enfin Manu. Mon super pote d’entraînement hebdo au mont Saint Aubert et aussi compagnon de voyage sur de nombreuses courses. Notre dernière course ensemble c’était The Spine. Je l’ai déjà écrit je crois mais vraiment j’ai de la chance d’avoir rencontré Manu.
• et moi aussi j’étais là. Je dis ça pour ceux qui s’amuseraient à compter pour cette histoire des 10 chevaliers. Notez enfin que Seb Foufou a raté le départ et comme on a pris la trace à l’envers, il a finalement renoncé à nous rejoindre.

Bon sinon quelques rappel des endroits parcourus.
• Carrière des 5 rocs. Terril fait avec les gravats du percement du tunnel du TGV. Malheureusement avec une visibilité très limitée. Il y a là une belle randonnée de 10 kilomètres à refaire en famille.
• Fours à chaud sur les bords de l’Escaut. Cela avait été une grande découverte pour moi et je crois que tous les confrères ont aussi été étonnés par ces bâtiments imposants. On en a vu des dizaines.
• Château des princes de Ligne à Antoing. Très imposante forteresse retapé par un élève de Viollet-le-Duc.

Bon en fait nan, tout ça est sans importance. Je ne vais pas vous emmerder avec ce genre de trucs, ça n’ajoute rien à ce qui est essentiel pour moi, le partage d’un bon temps avec des bons compagnons.

2 commentaires


  1. T es un grand malade M Miles et un conteur d histoire sans pareil à mes yeux. Bien sûr je m accorde comme toi à ce jeu de confrérie et te retourne ce joli compliment à mon encontre. La vie est courte et semée de périodes joyeuses entre coupée de tristesses. Ton papa et ta maman ont forgé une belle personne

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