[CR) randonnée Antoing – Renaix

Aujourd’hui je vais tenter de relier, à pieds, Antoing, capitale du Pays Blanc, à Ath, c’est encore pour augmenter mon carré dans StatsHunter et aussi, peut-être pour profiter d’un de mes derniers week-end de célibataire. Je m’adonne à un hobby insoutenable en couple.

D’ailleurs, ce genre de balade, est-ce que c’est un hobby ? Un passe temps ? Une manière de m’occuper ? La fuite du ménage à faire à la maison ? Le goût de la solitude ? Une micro aventure ? Un voyage ? Des rencontres ? La découverte de nouveaux lieux ? La quête des carrés dans StatsHunter ? La découverte de la Belgique ? Faire des trucs dehors ? Être en contact avec la nature ? Retrouver le rural qui sommeille en moi ? Faire quelque chose de débile ? Profiter à fond de mon temps libre ? Me sentir vivant ? Méditer ? Voir le temps passer ? Ressentir le froid ? Profiter du paysage ? Dormir au plus près de la nature ? Faire chaque jour quelque chose de différent ? Faire quelque chose d’inutile ? Chercher des trucs à raconter pour ce carnet ? Faire ça pour le fitness?

En tout cas j’aime bien la maxime de Rémi Gaillard, c’est en faisant n’importe quoi qu’on devient n’importe qui. Le côté vraiment absurde de ma quête est sans doute celui qui me plaît le plus.

Je pense à mon grand père. Sur la fin de son couple, il partait, tous les matins, avec son chien et il ne revenait que le soir venu. Il avait déjà plus de 70 ans. Personne ne sait où il allait, il vagabondait. Un jour, il se sont séparés, lui et ma grand-mère, c’est dommage, après cette séparation je ne l’ai presque plus jamais revu. Ils sont morts tous les deux maintenant. Donc mon grand-père vagabondait et moi aussi j’aime vagabonder, sans doute un atavisme. Je crois que je lui dois beaucoup, j’adorais son regard décalé sur le monde. Ce qu’il disait de Hitler et de Thatcher. Le partage des règles de bûcheronnage, ne pas lancer une hache si notre cuisse est dans la trajectoire potentielle. J’avais du mal à respecter cette règle simple. Il n’en était pas content. J’adorais mon grand père.

Je démarre d’Antoing et je file vers Vezon en passant par le tumulus romain et les lieux de la bataille de Fontenoy. A Vezon le Black and Whyte est fermé. Dommage, par le plus grand des hasards, j’aurais pu y revoir le gars qui voulait me présenter sa femme la dernière fois que je m’y suis arrêté. Le destin ne passe qu’une fois peut être ? C’est bien un souvenir qui finit par une interrogation, c’est une ouverture. Comme un rêve que l’on ne réalise pas.

Il fait doux, la nuit est belle. Je voudrais au moins faire 20 kilomètres ce soir mais je compte surtout trouver un coin bien reculé pour bivouaquer, pas comme ceux de ces deux dernières semaines.

Je suis parti avec un repas de dépannage mais à Baugnies je tombe sur une friterie. Ils n’ont pas de filet américain alors je me rabat sur des boulettes à la sauce tomate. C’est carrément délicieux, les frites aussi sont pas loin des meilleures que j’ai jamais mangé. Pourtant les boulettes ont l’air d’être un truc très industriel, une sorte d’émulsion de protéines. Attablés dans cette friterie se trouve aussi une bande de vieux, 4 femmes et 3 hommes, leur sociabilité est étrange, je me demande ce qui les relie. C’est la magie de voyager dans des territoires dont on comprends la langue, on comprends ce que disent les habitants mais on ne comprends quand même rien.

Dans le café suivant je me pose 5 minutes. Un gars s’intéresse à ma démarche. Je lui parle de StatsHunter. Il semble avoir du mal à comprendre. Il me demande si c’est une démarche artistique. Je m’en défend absolument. Il repose sa question sur l’art. Pour lui c’est évident, c’est une démarche artistique. Je réfute de nouveau. Mais peut-être que je suis un artiste en fait ? La question me fait rire. Il y a peut-être quelque chose à creuser dans ce domaine. Il se pose de très drôles de questions sur moi, il me demande par exemple si je travaille, il me demande aussi mon prénom. J’oublie de lui demander le sien et je me demande si je suis aussi barré que ça. Je n’arrive pas vraiment à croire que ce je fais soit fou. Ce qui est fou c’est de rester enfermé entre 4 murs non ?

Vers 10h du soir, alors que j’en suis juste au vingtième kilomètres je passe près d’un petit bois au bout du monde. L’endroit est parfait, des feuilles mortes, abrité par une colline du bruit de la route nationale assez proche. La lune brille, c’est merveilleux. Comme d’habitude, je ne dors pas très bien, il y a des petits animaux que je ne vois pas qui farfouillent dans les feuilles, l’homme préhistorique ne dormait que d’un œil, c’est certain, dormir dans la nature c’est dormir dans l’insécurité, on est si fragile allongé par terre, qui sait quelle bête féroce ne pourrait pas en profiter ? C’est sans doute mon instinct de survie qui me maintien éveillé dans ce petit bois au bout du monde. Vers la fin de la nuit je dors profondément, quand j’ouvre un œil, j’entends des cloches qui sonnent dans le lointain, c’est magique, médiéval, il est 7h07, c’est l’Angélus, l’horloge du clocher ne doit pas être bien réglée.

J’ai la pêche, je me dépêche de ranger mes affaires pour profiter de la fin de la nuit. Je repars et c’est magique, le petit matin est très beau, la lune est encore là, la lumière n’est plus celle de la nuit, bizarrement les oiseaux se taisent, il n’y a pas d’éclairage publics dans ce coin de Belgique, c’est un fait rare et appréciable, j’ai de la chance.

D’après Locus, il y a des chemins qui traversent le forêt devant moi, malheureusement cette forêt est bordée d’une haute clôture infranchissable, me voilà entraîné par un long détour qui passe en partie le long d’une route nationale. Je longe une énorme briqueterie, je croyais que toutes les briques belges étaient faites à Ploegsteert, je n’en suis pas loin car il s’agit du site de Barry de la briqueterie Ploegsteert, cela m’attriste, la concentration capitalistique est à l’œuvre partout. Dissolution des particularismes dans le capital.

Après être passé par Froidmanteau, j’arrive à Maulde, j’ai faim, je voudrais bien y trouver une boulangerie, j’ai envie d’une tarte au matons, pas de boulangerie mais une toute petite boucherie est ouverte. Quand j’entre le boucher apporte dans son étal un gros plat de filet américain préparé, ça me donne envie mais je préfère des trucs que l’on peut manger sans s’arrêter, il y a des sortes de grosses saucisses qui pendent dans l’échoppe. Je me renseigne, ce sont des cervelas, les cervelas, un truc que je ne connais pas encore bien, je crois qu’il existait un cervelas masqué quelque part dans mes références enfantines. Je me suis toujours demandé ce qu’étais un cervelas, je pose la question au boucher et il en est ahuri, je n’insiste pas et repars avec mon cervelas. C’est de la viande chimique, une émulsion comme les boulettes de la veille. Un triste met mais bon ça passe quand même.

Après Maulde, je traverse rapidement Herquegies j’arrive dans le très bucolique bois de Montrœul-au-bois. Je connaissais déjà cet endroit pour y avoir fait une balade avec mes enfants quand ils étaient jeunes. C’est un très bon souvenir que j’ai là. Dommage que je n’ai pas réussi à mieux transmettre mon goût pour la balade à mes enfants. Ma dernière tentative avec mon fils a été catastrophique, c’est désolant. De la colline de Montrœul-au-bois la vue est superbe, je reconnais le clocher de l’église de Thimougies et aussi le Mont Saint Aubert, je suis vraiment en territoire connu.

Plus loin dans la balade je passe au milieu d’une ferme assez mal tenue. Il y a un chemin sur la carte mais il ne semble pas du tout public, je ne suis pas très rassuré. Dans la cour de la ferme il y a une vache morte, je ne traîne pas mais j’ai l’impression qu’on lui a tranché la tête, il y avait une super photo à faire mais je ne la fais pas, je taille la route comme on dit en Bretagne.

J’arrive à Anvaing en passant par un joli chemin qui me change des routes, on passe devant un énorme château, un cartel indique que la capitulation de l’armée Belge y a été signée en 1940. Ce château appartient toujours à la famille de Lannoy. dans l’église d’Anvaing un panneau indique où sont les 3 missionnaires d’Anvaing, ça fait très néo colonial, il y a une fille de Lannoy dans le trio. J’imagine l’histoire de la petite héritière touchée par la grâce. Ou alors dévoyée par une gouvernante trop pieuse ?

A Anvaing il y a aussi un gros club de foot et ils ont un énorme club house. Il y a match ce dimanche matin, c’est très animé sur le terrain, le club house est ouvert comme tous les jours jusqu’à 8h du soir, une vrai institution on dirait. J’y fait une pause et un type s’intéresse à mon histoire. Il connaît un prof de sport de Tournai qui est ultra traileur, il m’en parle mais son nom ne me dit rien. Il m’encourage, je repars…

Je suis très lent aujourd’hui, je n’aurais sans doute pas le temps de rejoindre Ath comme je l’avais prévu. Du coup je rejoins Renaix

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