[CR] randonnée vers Thimougies

Il fait nuit, je n’arrive pas à dormir, je me demande bien pourquoi, en fait je suis trempé, mon bivvy bag n’a pas tenu dans la pluie fine de cette nuit, je ne suis pas assez rentré dans mon sac de couchage, je croyais qu’il n’allait pas faire si froid, le jour va bientôt se lever, je devrais repartir mais je n’en ai pas envie, je regarde ma montre, il est 4h30, le jour ne va pas du tout se lever, j’essaie de remonter mon duvet jusqu’à mes épaules, j’y arrive moyennement mais cela suffit, je m’endors profondément. Quand je me réveille il est 7h20, le soleil se lève vers 7h38, j’ai la pèche, il a arrêté de pleuvoir mais je suis trempé quand même, je suis étonné de ne pas avoir plus froid que ça. Une ferme est toute proche, je ne l’avais pas repérée quand je me suis installé, j’ai peur que le censier ne me voit vagabondant dans sa pâture, la peur ancestrale du vagabond, celle d’être chassé une fois de plus, je range mes petites affaires le plus rapidement et le plus discrètement possible, les lumières des lampadaires qui éclairent la campagne belge sont encore allumés, et je suis reparti.

J’aime aller dormir dehors quand c’est une mauvaise idée. Certains appellent ça une micro aventure, aujourd’hui je n’ai rien ressenti au niveau connexion avec la nature, c’était plutôt le cauchemar du vagabond, cette émotion en est une aussi, je la prends, je la chérie, être sur la terre en ayant peur d’en être chassé. C’est une impression que l’on n’a pas l’occasion de ressentir tous les jours. Un truc adamnique, la crainte de se faire sortir du paradis pour une peccadille…

Sur le chemin, je suis heureux, le Mont Saint Aubert à ma droite, une colline inconnue devant moi, une croix sur cette colline, on a quitté la bible pour entrer dans le nouveau testament, c’est la croix de la Grise, installée sur ce promontoire par un illuminé au début des années 60, avec le dernier chêne du bois de l’Allemont, rescapé dune forêt dévastée par les allemands en 14-18. Sur le socle hexagonal en béton, les noms des villages environnant sont inscrits en lettre de bronze. Havinnes, Ramecroix, Gaurain, Beclers, Thimougies, Quartes, Melle et Mont-Saint-Aubert, j’adore les toponymes et là je suis gâté. C’est une véritable table d’orientation, En fait non, je m’en fiche, ces noms ne signifient rien pour moi, je n’ai pas la présence d’esprit de m’y attarder, cela aurait pourtant été facile d’essayer de repérer les clochers de ces villages, mais pourquoi ne suis-je pas plus contemplatif ? Peut-être que c’est parce que je ne suis qu’un sportif ordinaire, un gars qui est dehors non pas pour en profiter mais pour faire son sport ? C’est bien dommage pour moi, pouvoir contempler plus est une qualité qui me manque. Je suis sur qu’il y a des bénéfices incroyables dans la contemplation. Je n’aime pas ce mot de bénéfice, par quoi pourrais-je bien le remplacer ? Découvertes peut-être ? Et pourquoi je suis incapable de m’arrêter ? Pourquoi faut-il toujours remplir l’objectif ? Pourquoi l’abandon est si difficile ? Pourtant, abandonner je l’ai déjà fait plein de fois. J’en ai même fait une théorie, je ne cherche pas la maîtrise, je cherche l’abandon. Mais c’est trop intellectuel cette recherche, dans les faits, ce n’est pas ce que je pratique, j’essaie toujours de finir ce que j’ai entrepris, serait-ce un paradoxe ? Habiller de théorie une pratique ? Faire contre mauvaise fortune bon cœur ? Peut-être une part de masochisme ? Je ne sais pas, c’est un abîme dans lequel je me perds.

En tout cas le paysage est très beau, je suis en train de « faire des carrés », une quête vaine et parfaitement incompréhensible qui me pousse à parcourir la campagne, par tous les temps, afin d’agrandir sur StatsHunter mon plus grand carré de carrés de 1 mile de coté, une quête stupide si l’on veut, mais qui permet quand même de se rendre dans des coins improbables, de faire des découvertes dans son voisinage. L’essence du voyage en fait, se déplacer en territoire inconnu. C’est génial, voyager si près de chez soi. J’invoque ici Robin des Bois, où bien peut-être Quentin Durward de Walter Scott. En tout cas on y parlait d’un gars qui connaissait sa forêt jusqu’au moindre brin d’herbe. Ce concept m’a toujours fasciné, comment est-ce possible ? La connaissance d’un lieu à ce point est un projet diabolique. C’est une ode à l’immobilité et à la contemplation.

En ce moment Greta Thunberg est en Amérique, elle y est allé en bateau, cette icône des temps moderne, qui refuse tous les voyages en avion, remet au goût du jour mon penchant naturel à refuser de prendre l’avion. Pourquoi partir découvrir des trucs au bout du monde quand on ne connaît même pas le nom de ses voisins ? Le voyage moderne est une vanité, j’ai hâte que l’on taxe le kérosène, que l’on remplace Ryanair par la fête des voisins, que l’on rêve collectivement d’autre chose que de déplacement.

2 commentaires


  1. Mon ami tu as juste atteint la sagesse du temps et de l esprit, mais le voyage continu si tu le souhaite. Tout comme on choisit pas sa famille parfois très décevante, ton voisin peut également être le rois des cons et quand on con (Brassens). Allez copain écoute https://youtu.be/JIvPWUGRHCI y a du non dit là-dedans

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    1. Merci Lolo, j’ai été très attentif aux paroles de Brassens, ça m’a mis la larme à l’oeil, tu as tout compris tu sais, toi, tu comprends toujours tout.

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