CR Trail des coteaux de l’Aa – 52km 1330D+ – en mode paleo low carb radical

Trail des coteaux de l'Aa
Trail des coteaux de l’Aa

Pour je ne sais quelle raison, je n’avais pas trop le moral avant le départ de ce fameux trail de 52 kilomètres et quand même 1330 m de D+. C’est peut-être parce que j’avais l’intention d’essayer une expérience paleo low carb radicale et que cela ne me rassurait pas.

En tout cas, à l’arrivée sur les lieux du départ, à Elnes, quelque part dans le pas de Calais entre Saint Omer et Boulogne, j’ai assez vite été rassuré en découvrant une petite salle des sports remplie de bénévoles super impliqués pour recevoir les traileurs venus de toute part.Ce trail, vaguement considéré comme incontournable par les vieux briscards du coin n’attire pas les foules sans doute à cause des fameux 6h et 24h de l’Echo du Pas de Calais qui lui font une sévère concurrence le même jour. Ce n’est pas mérité car le parcours et l’accueil n’ont absolument rien à envier au plus célèbre Trail des Poilus.

Le parcours est carrément sublime, alternant coteaux abrupts à monter et à descendre, passage dans des sous bois merveilleux, traversée de champs de blés, d’orges et d’escourgeons à la veille des moissons (grand merci aux gars qui ont négocié ça avec les agriculteurs et aussi aux cultivateurs qui ont accepté), l’arpentage d’un golf très beau qui permet de méditer sur luxe calme et volupté, privilège des puissants, des passages labyrinthiques taillés la veille à la débroussailleuse dans des friches peuplées d’arbrisseaux, des chemins creux en veux-tu en voilà, un mémorable passage dans le lit d’une rivière asséchée, on pourrait même parler d’une gorge méridionale tant on ne s’attend pas à ça là bas, des franchissements de plateaux et de plaines souvent roboratifs dans les trails du nord qui deviennent magique au milieu des champs de lin à peine en fleur, et tout cela  finit en beauté par un franchissement de rivière (L’Aa la bien nommée) juste en dessous d’un pont qui accueille péniblement la moitié du village, réuni ici pour une bonne tranche de rigolade.

Si avec cette petite dithyrambe je ne vous ai pas convaincu de tenter l’expérience l’année prochaine, c’est que vraiment vous n’y connaissez rien…

Bon cela dit, il y a aussi les odeurs dont j’aimerais me rappeler toujours. Les escourgeons et leur odeur de paille mure, les blés en pleine floraison, l’ail des ours dans un sous bois et surtout l’odeur vivifiante de la ventilation d’une porcherie qui fleure pour moi aussi bon que le fumet des madeleines de Proust car j’associe cette odeur au plaisir du retour à la ferme familiale après une semaine dans un internant en ville. J’avais alors 11 ans, j’étais en sixième et vraiment pour moi, l’odeur de la porcherie c’est celle du retour dans le cocon familial.

Ma course en tout cas s’est déroulée assez bizarrement. Je n’étais pas bien pendant les 10 premiers kilomètres, avec des mollets tout dur, à la limite de la crampe. Le problème venait de mes pompes, j’avais trop serré les lacets et après un rapide ajustement tout cela s’est tout à fait estompé. Après environ 20 kilomètres je me suis dit que c’était bon et que maintenant plus personne n’allait me doubler et que l’on allait voir ce que l’on allait voir. Au 25° j’ai rattrapé Moy, une consœur  de la confrérie des horizons et je lui ai proposé de faire un bout de chemin ensemble. Elle avait manifestement l’ambition, en tant que 3° féminine (je déteste ce terme) de passer devant la deuxième qui ne se trouvait alors qu’à moins d’une encablure (1/10e du mille marin, soit 185,2 mètres) devant elle. Cela fut fait assez rapidement mais nous avons perdu toute notre avance à cause d’une petite séance de jardinage (dans le vocabulaire du trail, cela veut dire se pommer) qui nous a mis de nouveau une belle encablure derrière la fameuse concurrente. Cela en a mis un coup au moral de ma partenaire et il nous a fallu ensuite environ 10 kilomètres pour reprendre cette foutu encablure perdue. Le problème c’est que celle que j’avais décidé d’accompagner jusqu’au bout a, lorsque nous avons doublé le deuxième, vu des ailes pousser sur son dos et que j’ai eu un mal de chien à la suivre (surtout que sur la fin d’un trail, lorsque je double un coreligionnaire, je suis ABSOLUMENT obligé de tailler un brin de causette avec lui parce que je suis là pour ça et je dois le respect à tout ceux que je dépasse). Tout cela me mis fort en retard et j’avais quasiment rattrapé ma consœur à moins d’une encablure de l’arrivée (quelle belle unité de mesure, n’est-ce pas ?) quand j’ai malheureusement chu dans l’Aa, au grand plaisir des villageois réunis sur le pont (cf le deuxième paragraphe de ce post). Le plaisir de la baignade a malheureusement été un peu gâché par la crainte de fusiller mon beau smartphone et c’est vraiment dommage (même si dommage il n’y a finalement pas eu en ce qui concerne le smartphone). Et donc même si nous étions ensemble dans cette traversée de quelques mètres de large, elle ne m’a quand même pas attendu pour franchir la ligne d’arrivée quelques secondes avant moi. Bien sur que je ne lui en veux pas mais quand même cette rage de vaincre me restera à tout jamais énigmatique.

Voilà donc pour le parcours et la course et j’arrive maintenant à la question paleo low carb qui vous intrigue peut être si vous avez prêté attention au titre de ce post. Alors que je suis passé au régime paléo (pas très strictement malheureusement) depuis environ 1 an, cela faisait 15 jours que j’avais switché sur un régime paléo « Low carb », c’est à dire quasiment sans plus aucun sucre et donc en particulier sans plus aucun fruit. J’avais décidé cela le jour du trail des pyramides noires et pour l’instant tout va bien. Par ailleurs, cela fait plusieurs années que je suis fan de l’entrainement à jeun mais je n’avais jamais franchi le pas lors d’une compétition. Ce petit 52 km qui se situe dans mon programme entre le 104 km des pyramides et le 78 miles des 12 travaux d’hercule en Juillet m’a donné l’occasion de faire une nouvelle expérience : partir à jeun et courir sans ingurgiter le moindre aliment jusqu’à la ligne d’arrivée, 7 heures plus tard, juste pour voir si c’est possible. Pas tout à fait inconscient, j’étais parti avec une pochette remplie de pâtes de fruits, de gels et autres glucides rapides pour pouvoir stopper l’expérience si elle s’avérait trop difficile. Il s’avère que cette réserve de provisions a eu l’effet de solliciter mon mental car rien ne m’empêchait de céder à la tentation d’un petit coup de fouet à chaque instant de la course. C’est pour moi jouissif de me retrouver dans la situation d’Ulysse écoutant les sirènes fermement liée au mat de sa galère tandis que ses compagnons avaient des bouchons dans leurs oreilles. L’idée est que j’étais dans la situation d’Ulysse, c’est à dire soumis à la tentation,  mais sans utiliser son astuce qui est celle de se priver de son libre arbitre pendant l’épreuve. En tout cas, ça s’est bien passé dans la mesure où je n’ai pas cédé. Terrible. Mon mantra était « j’ai un moteur diésel, je fonctionne à l’huile, mes réserves sont illimitées, je peut toujours continuer de courir ».  Le truc est que dans mon système de croyance il faut programmer son corps à consommer des lipides plutôt que des glucides pendant l’effort. Les ressources de glucides sont très  limitées au départ d’une course (même si on peut essayer de les booster avec des astuces du genre « régime scandinave dissocié ») et carburer aux glucides implique des apports fréquents durant l’épreuve qui provoquent très souvent des problèmes gastriques (la digestion des glucides consomme une énergie qui est déjà très sollicitée entre les muscles et les fonction vitales du cerveau pendant l’effort). Par contre, carburer aux lipides libère complètement le système gastrique puisqu’il s’agit alors de vivre sur ses graisses. D’après Phinney, un coureur part avec environ 30.000 calories de graisses corporelles tandis qu’il ne peut compter au maximum que sur 2.000 calories sous forme de glucides. Sachant qu’un 100 miles nécessite environ 10.000 calories, cela vaut le coup de le tenter en n’activant que l’énergie des lipides pendant l’effort.

Pour revenir à cette expérience, il m’a semblé qu’à un moment (aux alentour du quarantième kilomètre), je n’arrivais plus à parler. J’avais un peu mal à la tête aussi. Comme si mon cerveau manquait de sa précieuse énergie. Il se pourrait que ce soit le moment difficile où le corps bascule vers un fonctionnement 100% lipides. J’ai heureusement tenu pendant ce bref moment de questionnement. J’avais pris la précaution de prévenir Moy de me donner au moins un petit gel si je tombais dans les pommes. Psychologiquement, c’est aussi assez dur de se passer de manger quand on n’est pas habitué à se priver tant que ça. Sportivement c’était pas mal à mon petit rythme. A la fin j’avais encore pas mal de peps et je n’ai pas eu l’impression que je faisais quelque chose que je risquait de regretter plus tard.

Sur la ligne d’arrivée, je ne me suis pas précipité sur le buffet final et après une petite clop (trempée suite à ma chute dans l’Aa, pas très agréable) j’ai quand même fini par passer aux glucides car il n’y avait presque que ça au ravito final.

Il me reste maintenant une question très embarrassante : vais-je oser tenter l’expérience sur une distance de 78 miles (125 kilomètres) avec 4600m de dénivelés que je compte finir en moins de 24 heures (c’est la barrière horaire). La bonne nouvelle c’est que je ne vais avoir que 3 semaines pour réfléchir car les 12 labours of Hercule arrivent déjà à grand pas.

Matos

Je finis toujours mes compte rendus de trail par un petit point sur le matos et vous pouvez en rester là pour la lecture de cet article car ce qui va suivre n’est pas vraiment intéressant.

  • Toujours un grand plaisir de courir avec les Brooks Cascadia 8. Ces pompes sont parfaites pour les grandes distances même si j’aimerais bien avoir le courage de passer un jour à des chaussures plus minimalistes (genre Skechers Go bionic trail).
  • Vraiment super le sac d’hydratation Salomon Skin Pro 10+3. Les poches de bretelles sont parfaite pour contenir un bidon Raidlight que l’on peut utiliser sans problème sans avoir à le prendre en main. Ma technique est au point aux ravitos, je remplis systématiquement la poche (même si j’ai l’impression, souvent fausse, qu’elle est encore pleine et que le prochain ravito ne m’a pas l’air d’être si loin), je ne perd pas de temps à boire quoi que ce soit qui soit sur les tables et le système de remplissage de la poche à eau permet une manœuvre assez rapide.
  • Mon chapeau Thaïlandais m’a attiré pour la première fois quelques quolibets mais c’était de la pars de gars que je venait de doubler. Il est vraiment parfait pour se protéger du cagnard. Le seul bémol est que ça m’arrive de me manger des branches basses car ma vision est un peu limitée vers le haut avec le grand rebord.

3 commentaires


  1. Bonjour,
    je me permet ce petit contact , car je suis un des participants que tu as doublé allégrement lors des côteaux de l AA (superbe trail que je feraide nouveau certainement )
    Déjà vu sur les poilus auparavant, trés reconnaissable par ton couvre-chef
    j ai été surpris quand tu m’as dis que tu partais sur 52 kilo sans manger
    inttérieurement je me suis dis impossible.
    bref je viens vers toi pour ton expérience sur le paléo;tout d’abord je m’étale (pardon) un peu , j’ai commencé la CAP pour perdre du poids , j’étais en fort surpoids pour ne pas dire obèse, aprés un régime (WW) et la CAP qui m’a conduis vers le trail ou je m épanouis véritablement .
    j’ en suis à 30 kilos perdu , pour moi toujours gros, j’en ai repris 8 suite arrêt sur blessure ( à peine préparé du coup , pour les coteaux de l’AA) , je recherche maintenant à perdre du poids encore , mais cette fois ci pour mieux courir et je m’interroge donc sur le paléo et les autres façon de s’alimenté au mieux en vue de mieux supporter notre sport et les passage difficile qui en font parti .
    donc enfin quel type de Paleo (car il y en autant que de paire de chaussures …)?
    vraiment aucun sucre ?
    est ce contraignant ? (à la lecture on se dit que ça vas l’être) car la vie social à côté de la course reste importante pour mon épouse , je ne vois pas pourquoi ; -)
    et je t’avous quand tu m’as doublé ce fut le début d’une traversé du désert pendant environ 10 kilometres et une barre de fruit et un gel plus tard j’ai repris le dessus alors ne as ingurgiter de sucre fait un peu peur .
    et encore une question , ce régime ou cette façon de s’alimenter empeche t il ou ne favorise pas l’arrivé de crampes ? (crampes soucis que je trimballe sur la fin de mes courses à chaque fois malgré de la sportenine et autre boisson …)

    Un grand merci
    à bientôt

    sportivement

    Christophe

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  2. J’ai effectivement beaucoup de mal à suivre strictement le paléo low carb. Je manche pas mal de noisettes, d’oeufs, de choux, de céleri, d’avocas, d’huile d’olive, et de viande.
    Normalement quasiment aucun sucre, pas de miel, de confiture, de barre industrielle, de chocolat…
    Malheureusement j’ai du mal à me passer d’une pizza avec les enfants par semaine et il m’arrive de craquer pour un petit bout de pain.
    Socialement cela ne pose pas trop de problème. Mes repas sont très simples (ce soir un demi choux fleur rapé + oeufs sur le plat). Quand je suis invité je ne fais pas d’histoire et j’essaie de limiter ma consommation de glucides.
    Pour les crampes ça m’est arrivé 2 fois dernièrement au démarrage d’un trail (poilus et aa) mais ça passe et c’est finalement assez rare. On m’a dit qu’il fallait éviter la viande rouge la veille du départ alors que justement je me fais souvent un bon steak / crudités la veille.
    Depuis que je suis au paléo je m’entraine plus qu’avant et je ne me suis pas blessé.
    Je me me rationne pas du tout dans mon régime (légumes et huile d’olives à volonté). J’ai perdu 4 kg sur les 6 premiers mois maiis je les ai repris depuis et je n’essaie plus de « descendre » au niveau du poids.
    Après les courses j’ai les jambes beaucoup moins lourdes qu’avant. Acune crampe sur la fin. J’arrive presque toujours à reprendre la course après 48h de pose.

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  3. eh bien Yann, quel lyrisme à présent ! C’est de loin mon article préféré.
    par contre comme le titre l’indique, le paléo low carb, c’est un peu trop radical pour moi.

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