La motivation en ultra – mon cas The Spine

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A une semaine du départ de The Spine Challenger je viens de lire un super article de Pavel double vainqueur de la version longue et deuxième l’an passé. En gros il dit qu’avant un truc pareil il faut se relaxer avec un bon breuvage et trouver une réponse à la question « pourquoi tu fais ça ? ».

Il faut ensuite mémoriser la réponse pour pouvoir s’en resservir en course par exemple après 60 heures sans dormir et quand il reste encore 15 heures d’efforts à fournir.

C’est marrant parce que je ne sais pas pourquoi je fais ça, quel est mon objectif et quelle est ma motivation.

Mon objectif.

Comme l’an passé j’avais fait seulement 35 kilomètres sur les 190 à faire j’ai eu l’objectif de faire plus de kilomètres et de voir ensuite comment ça se passe.

Juste avant Noël, j’en ai parlé à Ben et il m’a dit que pour lui il n’y avait aucune raison pour que je n’aille pas au bout et ça a tout changé mon objectif. Je me suis dit pourquoi pas ? Et maintenant mon objectif c’est de finir la course à tout prix.

Maintenant ma motivation.

Pour la TDS je voulais la finir pour prouver à moi même que je pouvais finir ce genre de truc. J’avais entendu un commentaire très désobligeant sur un traileur qui ne « finissait jamais rien » et ça m’avait beaucoup travaillé. Cette motivation négative « ne pas être un traileur qui ne finit jamais » est quelque part celle qui m’a permis de finir dans les temps cet assez gros morceau. En fait c’est ma réputation dans le monde des traileurs qui était en jeu. Cette motivation dont je crois que je n’ai jamais parlé et pas même dans mon compte rendu de la TDS va peut être étonner mes potes mais elle a été bien réelle.

Il faudra que je réfléchisse à l’aspect exogène de cette motivation. Exogène pour dire qu’elle ne vient pas vraiment de moi. C’est le regard des autres qui était en jeu et pas une motivation endogène au sens « qui viendrait de moi ».

Bon, pour The Spine et pour revenir à la question de Pavel, je trouve que c’est bien de trouver une motivation puissante, qu’elle soit endogène ou exogène importe peu en fait pour ne pas me décourager avant la fin des 60 heures disponibles pour souffrir.

En fait comme je ne sais pas vraiment pourquoi je fais ça j’ai plein de réponses et de pistes disponibles. En voici quelques unes.

  • Car l’homme est un animal supérieur aux autres animaux par son endurance (la chasse par épuisement) et c’est profondément pour ça qu’on est bien quand on cours longtemps. On se reconnecte à notre nature animale et bestiale de l’animal affamé et intelligent qui peut courir pendant des heures après un animal plus rapide mais moins endurant. Le problème avec cette motivation est que je suis déjà convaincu par ce discours et que je n’ai rien à prouver sur ce sujet.
  • Pour souffrir un peu comme Jésus non pas sur la croix mais Jésus sur le chemin de croix. Vous voyez ce que je veux dire ? Cette idée m’est venue dernièrement en Bretagne devant un tableau qui évoquait bien la souffrance de Jésus sur son chemin. Cette motivation m’embête parce que je ne veux pas être un prophète, je ne veux pas avoir du pouvoir sur l’esprit des autres, je ne veux pas être un modèle… Elle me pose un autre problème c’est qu’au fond je suis un trouillard qui n’aime pas souffrir et je ne comprends pas bien que je puisse chercher délibérément la souffrance. Ça ne doit pas être ça ma motivation.
  • Pour fumer une clop à l’arrivée. Ça, ça a été ma motivation pour mon premier 100 kilomètres (Race to The Stones – et pourtant pas pour une cigarette d’herbe hein), ça n’avait pas bien marché parce qu’à la fin au lieu d’en griller une bonne j’ai passé 1 heure la tête dans une poubelle à gerber. Dès mon deuxième 100 bornes j’ai abandonné cette motivation idiote en fumant à chaque ravito (Pyramides noires)…
  • Parce que je suis un guignol et que c’est en faisant n’importe quoi qu’on devient n’importe qui. Je veux dire par là que je m’adonne aussi à l’Ultra Trail parce que c’est inutile et que ce n’est pas très compliqué de mettre un pied devant l’autre pendant des heures. C’est aussi pour ce genre de raison que j’aime bien courir avec un chapeau ridicule. Je trouve un certain plaisir à tourner un peu en dérision certains codes du trail. De là à en faire une motivation pour tenir jusqu’à la fin de The Spine, il y a quand même une montagne.
  • Par ce qu’il faut bien finir. En effet toute entreprise entamée est à terminer non ? C’est souvent avec cette simple évidence que j’ai terminé des courses. Sans trop me poser la question d’arrêter en fait. Le problème est que dans ce cas (100km des trappistes par exemple) il n’y avait pas de problème et que donc ma motivation n’a pas été soumise à rude épreuve. Faut pas rêver pour The Spine, ça ne sera obligatoirement pas le cas.
  • Pour avoir des hallucinations. Normalement les hallu arrivent lors de la deuxième nuit de course mais j’ai la chance d’en avoir rencontré au bout de 24h seulement (12 labour of Hercule). C’est quand même une motivation pour moi de voir ce qui se passe au delà du temps que j’ai déjà passé sur une course (31h pour la TDS). Je ne vais ps garder cette motivation dans ma besace car cela risque de me faire arrêter après que j’ai eu mes premières hallucinations si c’était pour ça que j’étais parti.
  • Pour que mes enfants soient fiers de moi. Je note cette idée car je l’ai souvent retrouvée dans les compte rendus de coureur. Je trouve cette raison parfaitement ridicule d’autant que les enfants préféreraient souvent faire des trucs avec leur père plutôt que de le voir s’entraîner toute l’année pour partir courir des week-ends complets…
  • Par estime de soi. Cette motivation est une suggestion de ma fille. C’est vrai que quand on ne finit pas l’estime de soi en prends un coup et que au contraire elle est gonflée au maximum sur la ligne d’arrivée. J’essaie d’éviter ce genre de motivation. Je trouve que ça ne cadre pas avec une certaine auto dérision que je cultive.
  • Courir après l’argent est aussi une proposition de ma fille. Pour The Spine je ne crois pas qu’il y ait un chèque pour le premier ni aucun moyen de convertir en cash la moindre performance. Pour moi c’est une motivation strictement nulle.
  • Pour rester svelte. Encore une idée de ma fille et c’est vrai qu’au moment où je vais atteindre 50 ans je suis assez fier de mon corps. Perdre du poids est en partie ce qui m’a mis à la course et je continue de me peser tous les jours mais au milieu de la deuxième nuit, je ne crois pas que je vais pouvoir puiser la moindre motivation dans ma balance.
  • Parce que plein de gens s’intéressent à ma progression (des collègues de travail, de la famille, des copains traileurs…). Pour The Spine il y a cette balise ARGOS que l’on porte sur la bretelle du sac à dos qui permet de suivre en live les coureurs et ça peut être pas mal motivant de penser à tout ceux qui sont devant leur écran d’ordinateur et qui suivent ma progression (http://live.thespinerace.com/). Reste le problème de trouver un éventuel credo qui tiennent la route. « Je suis Jason, vous êtes les argonautes » ça le fait pas trop non ?
  • Plaire à mon père. Là on est encore dans un domaine intime mais cette foi ci peut être plus transformable en phrase clef. Mon père était une force de la nature qui se prétendait un peu exemplaire sur les bords. J’ai toujours voulu lui plaire et j’ai l’impression de n’avoir jamais réussi. Maintenant il est mort mais j’arrive à communiquer avec lui avec mon cœur et il continue de compter. « Papa regarde moi » ça claque pas mal comme phrase motivante non ?

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