Test des Brooks Cascadia 8

Voici des chaussures dont j’ai entendu parlé pour la première fois par Mathieu lors de la Race to the Stones. Il en était très content et était même étonné que nous puissions connaître cette marque en France (après plusieurs années en Angleterre on peut avoir ce genre d’a priori…). Dans mon coin j’en ai trouvé chez Off Course à Lille, la boutique du fameux Jean, un gars rencontré dans le off de la Grande Alliance.

Ces pompes ont l’air d’être assez lourdes mais avec leurs poids de 370 grammes en pointure 10.5 (44.5 en europe pour un pied de ville en 42/43) elle conviennent très bien pour un Ultra.

Leur semelle est particulière, toute plate, sans redent pour passer une lanière de guêtre et elles n’encouragent pas une foulée avec des appuis talons.

Le drop est du genre « minimal / amortissant » avec 10mm. Le drop c’est le concept à la mode en chaussure de running, il a remplacé le concept de pronateur / supinateur dans les boutiques de running. Plus le drop est petit, plus on a à faire à une chaussure minimale qui permet de se rapprocher (plus ou moins) de la foulée naturelle. 10 mm c’est donc du genre pas beaucoup..

Ce qui est bizarre avec ces pompes au départ c’est que l’on sent que ce fameux drop (différence entre l’épaisseur de la semelle sur l’avant du pied de l’épaisseur de la semelle au talon) est obtenu non pas en minimisant l’amortissement au talon mais en apportant de l’EVA (la matière amortissante du moment) sur l’avant du pied. C’est un peu déroutant mais ça explique pourquoi ces pompes sont recommandées pour les Ultra.

L’idée des vendeurs c’est qu’on a beau essayer d’avoir une foulée naturelle, avec une réception sur l’avant du pied, on finit toujours par se réceptionner sur le talon sur la fin d’un ultra trail. Cet a priori des vendeurs est assez démoralisant quant à notre possibilité de faire évoluer notre foulée vers une réception sur l’avant du pied en toute circonstance (voir sur ce sujet la méthode POSE). On  aimerait que les vendeurs français nous encouragent à nous lancer dans l’usage de chaussures vraiment minimalistes (genre Vibram Five Fingers si vous voyez de quoi je veut parler) mais c’est manifestement inconcevable pour eux pour le moment…

Bon, en ce qui me concerne je me souviens que ma mère m’a toujours reproché d’avoir un pas très lourd (réception 100% talon) lorsque j’allais me coucher au milieu de la nuit après avoir regardé des conneries à la télé.

Cela fait que cet argument persistant d’une chaussure avec un bon amorti comme ces Brooks Cascadia ne peut pas me laisser complètement indifférent, moi qui veut essayer de courir des ultra sans pour autant y perdre mes tendons.

Bon donc, revenons à mes sensations dans ces Brooks. L’amorti est réparti sur toute la surface de la semelle de la chaussure mais cela n’empêche pas de bien ressentir les subtilités du terrain sur l’avant du pied. On a l’impression géniale d’à la fois d’évoluer avec des pantoufles aux pieds (ie hyper confortables) et d’avoir des chaussures qui nous donnent la sensation d’être en contact direct avec le sol (ie la moindre aspérité se ressent plus ou moins).

Ces sensations fortes sont confortées par un sentiment de dynamisme lorsqu’on est en forme. Le caractère « explosif » des foulées en montée semble s’exprimer sans retenue (je dis ça alors que je suis vraiment du genre balourd) et ce qui est super aussi c’est que dans les descentes on n’est pas incité à attaquer par le talon, la réception « à plat » n’est pas rendue compliquée par la forme de la semelle.

Pour conclure cette dithyrambe sans doute lamentable je peut compléter qu’après avoir couru 70 km avec elles (lors de la courses des terrils version Contrebandière) je voudrais signaler que je n’ai eu aucune ampoule (première fois pour moi sur des distances supérieures au marathon) et que je dois me plaindre que la précision remarquable du système de laçage ne m’a pas empêché de me retrouver en pied de chaussettes (c’est à dire avec la pompe scotchée dans la glaise) lors d’un des rare passage délicat de cette Contrebandière.

PS post pseudo conclusion. Le système de laçage, avec un lacet tressé du genre 40 ou 48 fuseaux autorise un laçage très ferme. Il y a dans le système une élasticité que je ne m’explique pas. Est-elle due soit au pas de tressage (j’en doute) ou soit à la structure élastique des renforts latéraux de la chaussure, je n’en sais rien. Par contre il me semble, d’expérience, qu’il vaut mieux lacer très fermement ces Cascadia le jours d’une grande sortie. Pas de problème d’étranglement au niveau du coup de pied pendant ces putains de 70 km.

Compléments sur le développement durable

Les Brooks Cascadia 8 portent le fameux label BioMoGo. Je me suis demandé ce que ça pouvait bien être et je suis tombé sur cette page (… je vous laisse du temps pour la lire…)…

C’est à se rouler par terre, extrait :

Après des années d’utilisation et d’usure, ces chaussures sont maintenant prêtes pour leur dernier repos dans un lieu d’enfouissement local. Et si elles ont une semelle BioMoGo, alors des parties de cette chaussure retourneront à la terre en tant que sous-produits réutilisables et contribueront ainsi à la croissance des arbres et des plantes.

Vous imaginez le tableau, le polyamide et le polyester du mesh de la tige et des lacets, l’EVA de la semelle et autre trucs hyper synthétiques retourner à la terre ? Gaia réveille toi, on se moque de toi. C’est vraiment du green washing de bas étage avec un micro pourcentage de matière peut-être bio dégradables mais j’imagine la gueules des arbres qui planteront leurs racines dans nos décharges pour se nourrir de nos semelles BioMoGo…

Cela dit l’argument de s’en servir pendant 1500km alors que j’ai plutôt pris l’habitude de changer de chaussures tous les 500km cela pourrait être un « vrai » argument de développement durable (entre guillemets parce qu’à ce compte là courir pied nu ou avec une petite semelle en cuir ce serait vraiment du développement durable). J’espère que je pourrais prendre au mot les marketeux de chez Brooks qui ont pondu cet argument et cela me fait réfléchir sur ma pratique finalement très consumériste de la course à pied et de l’ultra trail…

Voici un exemple à suivre :

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